Insomnies chroniquesDans le silence de la nuit les idées de l'insomniaque s'agitent...toujours... |
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22.11.03 ( 21:30 ) Par ce beau samedi
J'ai tout simplement envie de faire stop à ce temps qui court. Envie de m'arrêter et de respirer. Envie de nettoyer. Envie de marcher dehors au soleil. Envie de faire des courses et de cuisiner. Envie de sentir les odeurs chez-moi, celle d'une soupe qui mijote ou des oignons qui blondissent. Envie d'ouvrir un peu la fenêtre et de mettre le chauffage au minimum. Envie de faire la sieste et aussi de parler à ceux que j'aime. Trop d'envies, pas assez de temps.
Mais j'ai quand même pu en combler quelques-unes. Fait les courses, acheté de quoi cuisiner un peu. Ce dimanche je préparerai une soupe. Marché dehors, offert mon visage au soleil, rencontré la fille d'une amie, voyagé dans le temps : Je l'ai connue alors qu'elle était une petite fille qui aurait pu jouer à la poupée (bien qu'elle n'avait pas trop ça en elle) et hier elle marchait en poussant un landeau avec une vraie et neuve petite Charlotte dedans (faut croire qu'elle avait un peu ça en elle). Parlé à mon frère au loin, lui ai souhaité son anniversaire qui viendra dans la semaine, pris des nouvelles de tout son petit monde, entendu ma petite Sidnée me faire la bise et me raconter ses histoires de trois ans et demi. Vous savez qu'elle va aller jouer aux quilles pour l'anniversaire d'une copine ? Elle a dit à son daddy, mon frère, qu'elle était beaucoup trop petite pour jouer à ça, que les boules seraient sans doute beaucoup trop grosses pour elle... Elle va y aller courageusement quand même parce qu'une première invitation à un anniversaire quand on a trois ans et demi, ça ne se refuse pas. Cuisiné un peu de viande pour le souper parce que je sentais que mon organisme en réclamait. Écouté plein de musique. Chargé trois nouvelles pièces de Figure 8 d'Elliott Smith sur ma Radio.Blog parce que ça fait partie des douceurs de ma semaine. Lu la Presse en entier, écouté ma maman au téléphone au moins deux fois. Surfé, bien sûr. Pourquoi alors ai-je l'impression de ne pas avoir vraiment profité de ce beau samedi ? Gourmande, moi ?
# 106955464965304312 L'insomniaque
19.11.03 ( 21:31 ) Fière de moi :-)
Parce que ma session d'aquaforme s'est terminée ce soir et que j'ai constaté que pendant les dix semaines, à raison de deux cours/semaine, je n'ai manqué qu'un seul petit cours le lundi de l'Action de Grâce et ce, même si je devais m'y rendre directement après le travail et en revenir à pieds pendant presque tout l'automne. Parce que ce soir je me suis inscrite à une prolongation de 3 semaines et à la nouvelle session qui débutera en janvier pour un autre dix semaines, j'ai même réglé d'avance. Parce que j'ai osé faire bouger mon corps et que j'ai pu apprécier sa force et sa capacité de travailler à fond, de s'améliorer même. Parce que je me suis sentie vivante et vibrante à tous les lundis et mercredis, et souvent pendant les autres jours aussi. Parce que je n'ai pas baissé les bras sinon pour mieux les remonter tout de suite. Parce que quand une de mes compagnes m'a regardée en souriant au sortir de la piscine ce soir tout en me faisant remarquer combien j'avais l'air heureuse dans l'eau, j'ai souri à mon tour et lui ai répondu : C'est vrai, je le suis.
Fière de moi. Et sans rougir, la tête haute et le coeur léger.
# 106929551912280479 L'insomniaque
17.11.03 ( 11:44 ) Qu'est-ce qui m'échappe ?
C'est mon fils mais c'est aussi celui de son père. Quand on le rencontre on dit qu'il a mon goût pour l'humain et ma présence d'esprit (**rougissement**) alors pourquoi quand moi je l'entends je ne vois que la rigidité de son père ? C'est à mon avis un grave problème qui n'aide pas la situation. Pourquoi est-ce si difficile de comprendre ceux qu'on aime alors que le reste de l'humanité est (presque) limpide ?
Je dis que c'est un problème mais en réalité c'est peut-être le début de la solution... En tout cas c'est une piste. Pourquoi est-ce si compliqué de voir ses enfants comme des êtres à part entières, de les ressentir comme tels, plutôt qu'un ramassis de projections étriquées et inutiles ? Je l'aime cet enfant, il est beau et intelligent, il a une tête solide sur les épaules et un immense coeur beaucoup trop blessé pour ses seize petites années. Alors pourquoi je n'arrive pas à l'aider ? Pourquoi mes émotions m'empêchent-elles de voir clair ? Oh, ici c'est facile d'exprimer clairement mais quand on passe à l'action c'est autre chose. Mettre un enfant au monde c'est une aventure mais l'aider à être au monde est un vrai défi qu'on n'entrevoit pas au départ et c'est peut-être heureux parce que je ne suis pas certaine que l'humanité survivrait. *soupir*
# 106908746437598585 L'insomniaque
16.11.03 ( 11:57 ) Legs familiaux
D'où nous venons, où nous allons... Dans quelle mesure est-ce déterminé par notre environnement familial ? Je regarde mes fils qui sont tous les deux à l'aube de leur vie, qui font tous les jours des bons et des mauvais choix, qui survivent à leur façon et, avouons-le, beaucoup à la façon que nous leur avons appris, par les mots parfois, mais souvent aussi par l'exemple. J'essaie de me rappeler comment j'étais à cet âge, comment je me sentais, ce qui m'importait, de quelle façon je faisais (ou je ne faisais pas) mon chemin. Aussi loin que je me rappelle j'entends l'écho des mots de ma mère pour qui je devais être en toutes circonstances la meilleure ou rien.... On ne sait jamais ce que nos paroles vont provoquer chez nos enfants. Je sais que pour ma part j'ai souvent renoncé parce que c'était impossible d'être aussi bien que ce qu'on attendait de moi.
J'ai ensuite consacré une bonne partie de ma vie de jeune adulte, puis d'adulte confirmée, à chercher la véritable humaine en moi, celle qui avait des forces ET des faiblesses, celle qui pouvait réussir certaines choses normalement, sans éclat, juste de manière simple, celle qui pouvait échouer aussi, ne pas réussir du premier coup, recommencer, celle qui pouvait être parfois lumineuse mais d'autres fois brumeuse. Une femme ordinaire, avec ses beautés et ses imperfections, une femme vivante et vibrante, moi. Sauf que certaines blessures sont profondes, tatouées sur l'âme, et elles ressurgissent spontanément quand on ne se méfie pas. Comme cette peur constante de ne pas être à la hauteur de ce qu'on attend de moi. Peur ? Que dis-je, certitude plutôt. Comme ce sentiment de ne pas mériter les bonnes choses qui m'arrivent parfois, cette impression d'être une impostrice et que quand on me connaîtra vraiment on comprendra bien... Cette conviction que le rejet viendra automatiquement dès lors qu'on se sera approché réellement. Et quand ça vient c'est le désespoir, la colère, l'indignation. Mais quand ça ne vient pas c'est la déroute et parfois même le sabotage. J'entends souvent les mots de ma mère qu'elle répète volontiers d'ailleurs: Tu as été bien gâtée. Immédiatement les voix intérieures s'élèvent : Mais non ! Je n'ai rien demandé moi... Et puis c'est quoi au juste gâtée ? Du matériel ? Pffftttt... J'en ai rien à foutre moi ! Mais si c'est vrai, élevée dans un cocon confortable; vacances d'été à la mer, écoles privées, jamais de question quant à l'endroit où je dormirais le soir, ou à mes trois repas par jour... Gâtée, entourée, mais jamais (ou si peu) reconnue comme un être humain entier. Et ça ça peut faire mal longtemps même si on survit et on s'en tire. Le droit à l'erreur et à l'imperfection, le pardon de soi-même, sont des grâces que les fées ont oublié de déposer sur mon berceau. Elles sont donc devenues ma quête sans fin. Je me souviens d'un professeur d'université qui m'avait dit qu'elle sentait une immense colère en moi. Elle m'avait aussi souhaité de trouver une cause, un exutoire ou cette colère pourrait s'exprimer de façon constructive. Sur le coup (je devais avoir 23 ou 24 ans) j'avais haussé les épaules (j'ai un talent particulier pour ça) et j'avais poursuivi mon chemin. Mais aujourd'hui je sais que tout le sens de ma vie professionnelle est tourné vers les gens qui n'arrivent pas à trouver leur place. Toute mon énergie est consacrée à leur insuffler cette force et cette foi que moi je n'ai jamais ressentie. C'est terrible de constater qu'on se plie en quatre pour donner aux autres notre plus grand vide. Mais quand on le fait bien.... Je sais la colère que j'ai en moi, parfois j'arrive même à la toucher, à m'en approcher, mais jamais à la crier, alors je demande aux autres de le faire pour moi. J'ai toujours peur que les mots dépassent ma pensée quand je m'exprime; ils l'ont fait souvent, j'ai donc développé un sens aigu de la diplomatie, une capacité à dire des choses presqu'impossibles à dire et à les faire couler doucement. C'est une force que j'ai érigée sur un manque. Mais au fond de moi ça déchire, je sens un volcan qui veut exploser et tout briser sur son passage. Il y a relativement peu de temps, à l'aube de la quarantaine, j'ai osé être moi devant lui. Au début c'était presqu'un jeu, ça ne l'est pas resté, enfin, ça ne s'est pas limité au jeu, je l'ai laissé entrer. Je savais qu'il ne resterait pas mais j'en avais marre de porter ce masque, de nier ce qui était. Il est resté. Je ne sais pas encore pourquoi mais il est là. Et je commence à un peu trop apprécier cette liberté d'être, ce sentiment de vivre et de vibrer sans faire d'effort particulier, juste la confiance et l'ouverture. Il ne sera peut-être pas toujours là mais il m'aura légué ce bonheur simple et énorme en même temps. Et maintenant je regarde mes fils, je me demande comment ils arriveront à devenir eux-mêmes, malgré les embuches de la vie et malgré toutes les projections qu'on leur aura léguées. Je sais que je n'aurai été qu'un véhicule pour leur venue ici, je sais que j'aurai aussi marqué leur âme, en bien ou en mal, en dure ou en douce. Je ne sais pas ce qu'ils écriront ou penseront à 42 ans, j'espère simplement leur avoir appris, par mes mots et par mon exemple, à être ce qu'ils sont et non pas ce qu'on leur a fait croire qu'ils devraient être. Tout un voyage que je leur souhaite, tout un voyage...
# 106900182350222783 L'insomniaque
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