Insomnies chroniquesDans le silence de la nuit les idées de l'insomniaque s'agitent...toujours... |
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8.6.02 ( 16:04 ) Ma ruelle
Penchée à la balustrade, je l'observe et l'écoute. Comme si je voulais m'en imprégner. Malgré la pluie fine qui tombe, je vois quelques uns de mes voisins qui vaquent à leur samedi. Le grand avec une grosse voix passe le balai consciencieusement dans sa cuisine. La dame discrète, juste à côté, déplace des pots de fleurs. Je la vois à peine, il y a tellement de verdure dans sa petite cour qu'il faut y deviner ceux qui l'habitent. En sourdine j'entends les mesures d'une mélodie que je ne reconnais pas mais que je devine triste, comme un samedi après-midi pluvieux de juin, juste avant l'été. Au loin s'élève une sirène qui me fait songer que Montréal est une grande ville avec plein de choses qui arrivent, elle n'est pas que ma ruelle...
Suis-je triste? Non pas vraiment. juste un peu déçue de devoir bientôt quitter ce nid qu'on m'avait offert si gentiment et où je me suis sentie tellement chez moi. Oh je sais, c'était prévu d'avance, même que j'y suis restée un peu plus longtemps par la force des choses. Et je sais qu'il existe quelque part un autre lieu, une autre rue, une ruelle même peut-être, où je construirai un autre nid. Mais ce bunker restera bien présent dans ma mémoire et cette ruelle et ces voisins et... oui je sais, tout restera gravé, jusqu'à ce que le temps les déforme. Je ne sais pas où j'irai. Pour les deux prochains mois, environ, je serai en transit, un perchoir temporaire où on me tolérera, où je tenterai de ne pas trop m'installer, parce que ça ne sera pas chez moi. Comme ce contrat de quatre semaines que j'ai accepté avec enthousiasme parce que j'ai envie, besoin, de travailler, de remonter dans l'arène. Ce sera quand même un transit. Ou qui sait...? Je constate que la vie m'a bien ébranlée ces derniers mois. Peut-être pour m'apprendre le sens des mots essentiel et superflu, temporaire et permanent... Enfin, je sais que tout ça n'est qu'un étroit passage et que bientôt ça fera partie de mon histoire. Oui, il y a présentement beaucoup d'ombres et d'incertitudes tout autour. Mais on m'avait déjà dit que finalement l'ombre n'était que de la lumière en préparation (il paraît que cette phrase est de quelqu'un mais on n'a jamais su me dire de qui exactement...), alors je reste fixée sur cette lumière qui arrive, il n'y a rien d'autre à faire. Et puis j'aime la vie, ça, ça ne change pas :-)
# 77507904 L'insomniaque
6.6.02 ( 09:58 ) Et ça continue...
Assoupie vers 5hrs30am. Réveil qui hurle vers 7hrs00. Fredoux se lève (J'ai examen ET éducation physique ce matin maman, je DOIS y être). Moi je me rendors (Non mais là je peux pas). Fredoux se rendort sur le divan du salon. 8hrs00. On frappe à la porte de derrière. C'est un ouvrier de l'atelier du dessous, tasse de café à la main: Vous avez eu un dégât d'eau ? Moui cette nuit. Et j'explique. Je me reglisse (réglisse?) sous la couette. Fredoux part à l'école avec en guise de petit-déjeûner quatre biscuits secs. Je proteste faiblement. Mais maman, ils vont partir sans moi au parc pour le cours d'éducation physique... Mon Fredoux t'auras pas de carburant pour ton matin et tu vas avoir du mal... Il ne me reste ni fruits, ni barres tendres (C'est toujours dans ces moments là), il repart avec quatre biscuits plus sucrés que secs. Je ne suis pas trop heureuse mais épuisée. Ma tête retombe sur l'oreiller. 8hrs20hrs. Le téléphone sonne. C'est ma proprio en or que j'adore et qui est venue avec son chum me dépanner en pleine nuit. Elle me dit que X, l'homme à tout faire va venir voir ce qu'il peut faire pour réparer. Il ne faut pas oublier que je n'ai plus d'eau chaude... 8hrs26. Le téléphone encore. C'est X qui me demande: Je peux venir maintenant? Au même moment: Ça sonne à la porte principale du bunker. Je laisse X en l'assurant qu'il peut venir quand il veut.(Non mais, je vous l'ai dit que je n'avais plus d'eau chaude?) Je descends répondre à la porte. Un homme en complet trois pièces qui me demande: Vous avez eu un dégât d'eau? (Ça devient presque répétitif cette question. Est-ce que je fais un cauchemar?). C'est le patron de l'atelier. Je lui explique. Oui encore. Il me dit avec un petit sourire ennuyé que de l'eau a coulé en bas. je lui dis que je suis désolée et qu'on a tout fait pour contenir les dégâts et éponger l'eau mais bon, s'il a des réclamations voir la proprio. Re-sourire presque sympathique, il s'en va. 8hrs30. Je remonte et fais mon lit (quand même) et je m'apprête à faire du café bien fort, la journée promet déjà son lot d'événements. 8hrs31. X arrive. Depuis ma fenêtre je lui indique de monter directement (Marre de monter et descendre moi). Pendant qu'il constate l'étendue des dégâts, je prépare mon café. Il me demande un tourne vis particulier. Ça tombe bien j'en ai un. (C'était quoi déjà la petite phrase à l'école qu'on nous répétait quand on oubliait son crayon? Ah oui. Un ouvrier ne rentre jamais au boulot sans ses outils. Ben c'était pas vrai.) Mon café est prêt. Il me dit qu'il n'a pas le temps de réparer aujourd'hui parce que le pauvre, il est sur un autre boulot. Je comprends mais je lui dis d'aviser la proprio qui prendra sans doute d'autres dispositions parce que je n'ai pas d'eau chaude moi. (Vous vous rappelez?). Bon il est parti et j'ai bu mon café, mangé quelques bouts de pain grillé. 9hrs50. Juste envie de retourner dormir mais non, la journée doit commencer, la vraie, celle où je dois trouver un emploi. 9hrs55. Le téléphone sonne. C'est ma proprio pour m'aviser qu'elle va envoyer des entrepreneurs effectuer toutes les réparations. J'ai de la chance, j'aurai de l'eau chaude ce soir :-) En attendant je ferais mieux d'aller m'habiller.
Quelqu'un sait l'issue de la rencontre France-Uruguay en passant? Je sais. Aucun rapport. Smile, you're gonna need it.
# 77417967 L'insomniaque
( 05:06 ) Presque pas possible...
Et pourtant si. La preuve c'est que je suis ici à vous écrire à cette heure.
Le chauffe-eau a décidé de se taper un burn-out à 4 heures du matin, ou plutôt l'arrivée d'eau du chauffe-eau, enfin je ne sais plus. Tout ce que je sais c'est que j'ai eu toutes les peines à me relaxer et m'endormir cette nuit et qu'au moment où je venais d'y parvenir, un horrible boucan, genre bruit d'eau sous pression, surgi de God knows where, m'a tirée d'un sommeil naissant mais ô combien délicieux pour me plonger en pleine horreur. D'abord localiser le bruit, ensuite trouver le moyen de l'arrêter: Échec. Constat d'une flaque d'eau qui grandit très vite, appel des proprios à l'aide (heureusement ils vivent à côté), remue-ménage, arrêt de l'alimentation de l'eau, rassurer Fredoux qui a du mal à respirer parce qu'il a peur, éponger l'eau. Bon. Maintenant tout est à peu près calme, Fredoux essaie de se rendormir (J'ai eu peur maman, j'ai mal au coeur...) et moi je ne sais pas du tout comment je vais me rendormir. Bah c'est pas grave, le réveil sonne dans un peu moins de deux heures... Et ça ce n'est que la partie racontable de ma journée. Selon vous, c'est possible qu'on m'ait jeté un sort? Nan...
# 77412182 L'insomniaque
4.6.02 ( 11:19 ) Et je suis persuadée
Qu'un jour je regarderai cette période de ma vie avec un sourire tendre.
En attendant je relève mes manches. Allez :-)
# 77332835 L'insomniaque
( 11:13 ) Tout dépend de l'angle
C'est ce que je suis vraiment en train de réaliser ces derniers jours. Dix mille humains peuvent regarder la même situation et l'interpréter et le décrire différemment. Ah oui, vous saviez déjà ça... Moi aussi. Mais là où je m'aperçois que c'est très important c'est lorsque l'on se regarde soi. Ou, je vais être précise, lorsque je me regarde moi. Et le mieux dans tout ça c'est que je peux choisir volontairement mon angle de vision. Hum.... Je sais que je ne change pas, c'est toujours la même personne à travers un quotidien parfois changeant que j'observe, mais je peux choisir ce que je fais ressortir, ce que je mets en évidence. Pas par rapport aux yeux extérieurs, j'ai peu de pouvoir là-dessus, mais par rapport à ma perception.
L'importance de cette perception est qu'elle influence directement comment je me sens par rapport à moi-même et donc, comment j'agis. C'est là la clé je pense. J'ai (trop) souvent eu des clients, ou parfois même des amis, qui me demandaient: Comment me vois-tu? et j'ai toujours eu un malaise difficilement identifiable, comme l'ombre d'un doute, lorsque je leur répondais. Je comprends mieux pourquoi, ou alors, je dirais même, je comprends mieux l'utilité de ce doute et je me l'offre aujourd'hui. De quoi je parle? Ça n'est pas si important que vous le compreniez précisément mais je vais essayer quand même. C'est dans la perception que j'adopte de moi-même que mes possibilités naissent ou meurent... Si je me vois comme une personne dépourvue, j'identifierai peu de moyens de nager. Et si par surcroît, je laisse à une personne extérieure le monopole de cette perception, alors là, je lui remets les moyens entre les mains... De la même façon, si je me vois comme une personne extraordinaire ou que je me laisse cataloguer comme telle, la marge d'erreur devient bien mince et le stress grandit... Et si j'évolue dans un milieu où les perceptions varient selon les valeurs (la vie de tous les jours quoi...) et que je ne garde pas les commandes de ma perception, alors là, ce sont les montagnes russes... Bon, je ne suis pas en train de dire que les autres ne peuvent pas m'apporter des éléments valables et intéressants dans la poursuite de mon chemin, je dis juste qu'en période trouble ma survie dépend directement des choix que je fais. Et en ce moment, croyez-moi, je n'ai pas besoin d'un affaiblissement des systèmes... Alors quand une dame me dit, très gentiment, que je dois être épuisée, ou alors que ma mère me dit que ma situation concernant mon logement(ou l'absence de...) est paniquante... Je n'ai aucun avantage à intégrer ces messages. Sinon je vais faire quoi? M'écrouler de fatigue ou alors céder à la panique. Pas bon ça. Surtout pas productif. Ceci dit, ces paroles me sont offertes dans un esprit tout à fait bienveillant mais surtout, basé sur une légende interne propre à ces personnes. Elles n'ont peut-être pas tort, mais elles ne me tendent aucune perche parce qu'elles n'en voient aucune, aussi simple que ça. Hier on m'a même dit que je ne devrais pas chercher un emploi maintenant. Il paraît que ça n'est pas le bon moment. Et puis je devrais me "reposer" et trouver un endroit pour vivre. Bon. Il y a peut-être des éléments de réalité là dedans. Peut-être pas. Mais une chose est certaine, la vie c'est quelque chose de totalement imprévisible 99% du temps, et c'est en moissonnant qu'on récolte. Même une terre aride peut être cultivée avec amour. Alors je poursuis. C'est de ça que je parle quand je dis que tout dépend de l'angle. Et je comprends ce matin que cet angle m'appartient. C'est essentiel je crois.
# 77332639 L'insomniaque
3.6.02 ( 10:59 ) Je n'aime pas la tristesse
Elle ne va pas à mon teint. La tristesse pour moi c'est un peu baisser les bras et j'ai travaillé trop fort pour les lever bien hauts, je ne vais pas battre en retraite comme ça.
Non. Alors je me bats, du mieux que je sais. Ce matin ce sont les mots d'Apollinaire qui offrent un baume à mon coeur. Il me parle d'une fée. Oriande La fée Oriande vivait dans son chateau de Rose-Fleur C'est ici quand ce fut le déclin du printemps l'édification des Roses Oriande y dort comme un parfum venu dans la dernière lettre et qui repose Sur mon coeur Entre les deux pétales de cette vernale rose Mais c'est l'été maintenant Oriande y vivrait dans son chateau de Rose-Fleur Tourné comme nous et l'église vers l'orient Et c'est le soir des roses Les vieilles paroles sont mortes au dernier printemps Des harmonies puissantes et nouvelles jaillissent de mon coeur Mais Oriande écrit un L Au ciel Résigne-toi mon coeur où le sort t'a fixé Et l'été passera Le printemps a passé Mais Oriande écrit un O En haut Et j'accorde mon luth comme l'on bande un arc Mais Oriande écrit un U Sur le ciel nu Le ciel d'un bleu profond d'un bleu nocturne D'un bleu qui s'épaissit en souhaits en amour (extrait de Poèmes à Lou) Ça me fait sourire ces vers emportés et naïfs. Mais ne faut-il pas l'être un peu pour traverser les vagues?
# 77288520 L'insomniaque
2.6.02 ( 13:19 ) Mais y'a quand même Roméo...
Qui a appuyé son échelle contre le mur et qui a grimpé à ma fenêtre ce matin.
Pas désagréable à regarder et non plus à entendre. Une fois les fils remballés, il est reparti par le même chemin. Oh, il ne faut pas s'énerver, après tout ce n'était qu'un technicien de la compagnie de téléphone. Mais par un dimanche matin un peu gris, ça arrache quand même un sourire. Voilà :-)
# 77254421 L'insomniaque
( 12:47 ) Dépourvue
De poésie et de mots qui arrangent tout.
Juste moi ici aujourd'hui. C'est ainsi.
# 77253574 L'insomniaque
( 12:45 ) La rongeuse
Elle est là ce matin et elle me grignote par le mileu. J'essaie de l'ignorer mais physiquement elle me gruge. Comme si les idées que je chasse lui donnaient des munitions. Mais que me veut-elle? Pourquoi ne me laisse-t-elle pas réfléchir? Et pourquoi faut-il que j'aie si froid?
Je ne peux rien accomplir avec cette rongeuse dans mon ventre. Rien de rien, ne le comprend-elle pas? Et pourtant elle me ramène sans cesse à cette impasse, à cet enchevêtrement de questions sans réponses. Par où la sortie? Moralement je peux résister mais quand le physique s'en mêle... Ce coeur que je sens battre et ces mouvements qui serrent mon estomac. Je crois que j'ai faim, non, j'ai mal au coeur, et puis c'est sans doute la faim... Pas envie de manger mais peut-être que ça la calmerait? Non elle ne gagnera pas. Je veux retrouver la paix, au moins celle de mon corps, mon esprit on s'en occupera après, quand je saurai réfléchir. Aujourd'hui je lutte de toutes mes forces contre l'angoisse qui, on le sait, n'a jamais rien accompli. Mais de quoi ai-je donc si peur?
# 77253532 L'insomniaque
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