Insomnies chroniquesDans le silence de la nuit les idées de l'insomniaque s'agitent... toujours... |
|
archives :
22.2.03 ( 22:20 ) Ingérance, bruit et injustice![]() Alors, devant ce vide existentiel, la voie était libre. Ils ont donc frappé et n'ont même pas attendu que je réponde pour entrer. Maintenant je suis en colère. Tellement en colère. Remarquez que la colère ce n'est pas si mal parce qu'il fut un temps où je la trompais avec la culpabilité. Mais pas ce soir, il n'en est pas question. Ce qui est arrivé ne m'appartient pas et personne n'a le droit de forcer ma bulle et de déranger mon repos. Personne. Aujourd'hui le téléphone a sonné trop souvent. J'ai eu le courage de dire non à un service qu'on me demandait et qui pouvait facilement attendre demain. J'étais bien chez-moi et je me reposais pendant que la tempête soufflait dehors. On a insisté et je suis demeurée ferme. On a raccroché et cinq minutes plus tard on m'a envoyé la cavalerie. J'ai répété calmement mon refus (même si la moutarde commençait sérieusement à me monter au nez) Et là, comble de l'injustice, on m'a attaquée, insultée même. Je me suis sentie trahie parce que la personne même qui m'a attaquée n'avait rien à voir avec l'événement et ne me reconnaissait pas le droit d'avoir la paix un samedi soir chez-moi. J'ai 41 ans et même ma mère n'a pas le droit de gérer ma vie. Ça m'a pris tellement de temps à le comprendre, j'ai été tant d'années à me sentir impuissante et incompétente. Plus maintenant. Mon travail consiste en grande partie à aider les gens à reprendre le pouvoir sur leur situation. Ma personnalité-même fait de moi une confidente idéale. J'aime être utile et j'aime les gens. J'aime les écouter, les comprendre, je trouve ça beau de constater les différences, je m'émerveille devant la beauté et le courage des personnes que je côtoie personnellement, virtuellement, professionnellement, familialement, humainement finalement. Mais enough is enough. Je ne me laisse plus manquer de respect. C'est assez. Est-ce clair ? J'ai 41 ans et demi aujourd'hui. Il est temps que je me considère comme une personne à part entière. Plus que temps.
# 89579224 L'insomniaque
21.2.03 ( 23:04 ) Quand on n'a rien on partage tout
C'est tellement vrai que j'ai eu envie de le réécrire ici.
Merci.
# 89534458 L'insomniaque
( 22:32 ) Hé miss douceur ?![]() Elle ânonne à qui mieux, de concert avec sa voisine, la miss désabusement, que tu n'existes pas vraiment, que tu n'es qu'un furtif frôlement de notre imagination parce que nous refusons le froid de cet idiot de monsieur réalité qui est, disons le franchement, bien limité du bonnet (et pas beau du tout). Alors, qu'en dis-tu ? Si on se faisait un petit week-end, toi, moi et quelques autres ? Ensuite on rentre en ville, promis, mais on te garde une place chez nous, tu viens quand tu veux, c'est gratuit.
# 89533160 L'insomniaque
20.2.03 ( 23:06 ) Ils étaient beaux
Ce couple de maghrébins (possiblement d'origine algérienne) qui sont montés avec la poussette dans le bus 45 ce soir. Il faisait noir et le vent soufflait un peu trop pour apprécier le redoux sur Montréal. J'étais fatiguée et il me tardait d'arriver chez moi. Pourtant en les observant, souriants et complices, en regardant cette poussette complètement recouverte d'une épaisse couverture d'où dépassait à peine le bout du nez et les grands yeux noirs qui ne manquaient rien de ce petit enfant sans doute né ici peu après l'arrivée de ses parents, j'ai eu envie de sourire et j'ai ressenti cette chaleur furtive au fond de ma poitrine, celle qui me donne confiance en l'humanité.
Je ne sais pas très bien pourquoi mais c'est ainsi. Merci à vous :-)
# 89475684 L'insomniaque
( 22:57 ) Enfin la fin...![]() Bref je suis crevée et le week-end sera bienvenu. Voilà.
# 89475146 L'insomniaque
16.2.03 ( 18:27 ) Vivre doucement![]() Au fil des mots il me racontait ses petits riens à lui, me confiait ses projets, me révélait ses doutes. Quelques silences encore, bien sûr mais beaucoup de respect et surtout ce plaisir d'être ensemble. Un moment il se met à me raconter une partie de sa soirée d'hier chez une amie qui vit avec ses deux petits frères et sa mère. Il les fréquente à l'occasion parce qu'il s'entend très bien avec cette fille ainsi qu'avec toute sa famille. Il s'y sent à l'aise et bienvenu, confortable surtout, selon ce qu'il m'a confié, dans cette atmosphère de simplicité et de joie de vivre simple qui règne dans cette maison. Avec beaucoup de franchise il me dit alors qu'il se sent bien parmi eux parce qu'ils sont détendus et simples. À ce qu'il m'a raconté, les membres de cette famille, même les membres qui ne vivent pas sous ce toit, prennent soin les uns des autres, ils rigolent ensemble, ne dramatisent pas, ni ne font de cérémonies. Pourtant, à ce qu'il m'a dit, il ne s'agit pas d'une famille privilégiée au sens socio-économique, plutôt le contraire. Mais la vie est simple et belle chez eux, les relations pas compliquées. Bon, il faut nuancer. Mais quoi qu'il en soit, en l'écoutant parler, en regardant ses yeux et en comprenant bien ce qu'il m'exprimait, je crois avoir très bien saisi ce dont il s'agissait. J'ai eu un petit pincement en me souvenant de mon sentiment à peu près vers cet âge... Je me rappelle très bien m'être tant de fois demandé où j'étais tombée, qu'est-ce qui me rendait si étrangère dans cette famille qui était pourtant la mienne ? Je cherchais la paix et la joie de vivre, la simplicité. Je rêvais d'une famille où l'on pourrait à l'occasion s'asseoir et discuter, rire même. J'étais régulièrement triste de toutes les tensions qui régnaient autour de moi et qui ne m'appartenaient pas. J'ai appris à faire ma bulle, la plupart du temps, et à ne pas être touchée par ce qui se passait autour dans mon entourage familial. J'ai accepté d'être une étrangère parmi les miens (enfin, de mon mieux), j'ai même endossé la culpabilité de n'être pas l'une d'eux, avec toute la honte que cela comportait. J'ai rêvé beaucoup aussi à cette époque (Je rêve encore pas mal d'ailleurs). Je me disais que plus tard quand je serais adulte je vivrais dans une famille harmonieuse, que je serais bien avec mon compagnon et mes enfants, que chez nous on rirait souvent, qu'on chanterait quand on en aurait envie (et qu'on en aurait envie fréquemment), qu'on ne mettrait pas les petits plats dans les grands, qu'on discuterait souvent et que même si on n'était pas d'accord, on se respecterait. J'ai imaginé que nos enfants s'épanouiraient dans un milieu sain et équilibré, surtout pas alourdi par les drames compliqués et inutiles dont j'avais tant souffert. Je souhaitais que mes enfants puissent être eux-mêmes et que nous les éduquerions tout en les trouvant déjà très beaux. Et là j'écoutais mon fils me décrire cette famille au sein de laquelle il se sentait à l'aise et je me suis dit que j'étais passée tout à côté. Tellement à côté. J'étais à la fois triste et en colère, je me suis demandé comment j'avais fait pour reproduire un tel échec, comment j'avais été si aveugle. Bon, je sais que le gazon est souvent plus vert sur la pelouse du voisin et que particulièrement au milieu de l'adolescence, on est parfois porté à oublier de nuancer certaines choses. J'ai quand même vu le regard de mon fils, entendus les mots qu'il m'a dits et ressenti son questionnement qui fut exactement le mien à son âge. Je sais qu'aujourd'hui j'ai pris un autre sentier et que je rêve encore beaucoup de simplicité et de paix. Je sais que tout n'est pas perdu et que je n'ai pas fini d'apprendre. Mais comment faire pour se pardonner soi-même de n'avoir pas su choisir le bon nid, le doux et le moelleux, celui qui donne de meilleures ailes aux oisillons ? Pourquoi mes fils vivent-ils la même douleur que j'ai vécu autrefois et comment, alors que j'en étais consciente, ai-je pu accepter de glisser et d'oublier quelque chose de si important ? Et finalement surtout, sauront-ils, eux, éviter ces pièges ? Qu'est-ce que je leur transmets pour leur donner les bons outils, la bonne vision ? Je suis consciente de tout cela, oui, je suppose que c'est un facteur important. Mais est-ce suffisant ? Une blessure de l'enfance qui brouille notre vision au début de l'âge adulte et qui nous fait choisir les mauvais sentiers, n'est ni incurable ni désespérée. C'est la peur de transmettre ce brouillard qui fait le plus mal. Zut.
# 89207328 L'insomniaque
|