Insomnies chroniquesDans le silence de la nuit les idées de l'insomniaque s'agitent...toujours... |
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28.9.02 ( 12:12 ) Avant c'était mieux
Je dirais que jusqu'à mes 35 ans environ j'arrivais à gérer plus ou moins (plus que moins). J'avais développé une certaine impassibilité de surface et l'intérieur était assez bien camouflé. Il faut dire que je m'étais toujours gardée des situations trop extrêmes. Je vivais une vie calme et prévisible et c'était assez facile d'essuyer les débordements. Il y avait quand même une certaine accumulation mais tant que le niveau me permettait de garder la tête hors de l'eau ça marchait bien. J'étais une valeur sûre pour tous ceux qui m'entouraient.
Dans la deuxième moitié de la trentaine, une série de vagues un peu plus fortes que les autres se sont manifestées sur ma mer d'huile. C'est là que ça a dérapé. J'ai aussi arrêté la cigarette dans cette période. Les vraies questions se sont mises à remonter, les vraies angoisses aussi. Je pense que je n'ai pas très bien assuré. Sauf qu'en relisant ma vie c'était assez prévisible, je n'avais jamais développé les armes et les boucliers, je n'avais appris qu'à dissimuler. Aujourd'hui j'ai le sentiment d'être nue et maladroite, en plein centre d'un écheveau emmêlé. Il m'arrive de me demander vers où je veux aller ? Revenir comme avant quand j'arrivais à tout contenir ? Faire un pas de plus, même si je sais que chacun de mes monstres a les dents plus longues ? Juste de me poser ces questions me donne une partie de la réponse. Je suis engagée sur un chemin difficile, un sentier hostile mais impossible de revenir vers la plaine. Une fois qu'on sait, le confort de l'ignorance n'existe plus. Nager de plus en plus fort, quitte à périr noyée. Il n'y a pas de bonheur sans risque, non ? Voilà où j'en suis.
# 82237660 L'insomniaque
( 11:54 ) Sauf que
Il y a des moments où je me sens vraiment bien. Des instants où j'ai le sentiment que tout s'en va dans la bonne direction. Comme juste là, alors que mon fils aîné a fait sonner mon téléphone. Sur le coup je me suis dit: Encore un drame et de la tristesse, encore de l'impuissance et j'ai eu envie de fumer. Puis il m'a dit qu'il m'appelait pour me dire qu'il allait super bien. Que cette semaine il avait remporté de belles victoires, il me les a racontées. C'est alors que ce serrement dans mon ventre s'est calmé. J'ai vu le soleil à l'extérieur et j'ai même eu une ou deux larmes de joie en sentant son bien-être. Il m'a soudainement semblé possible que tout finisse par s'arranger et j'ai même eu envie de commencer à faire du nettoyage chez moi.
C'est pas possible de vivre comme ça en ressentant tout aussi fort. Vivre le moment présent a ses charmes mais je pense que ça peut devenir nuisible. Suis-je la seule à tout absorber comme ça ? Ou bien est-ce mon système de filtre qui est défectueux ?
# 82237144 L'insomniaque
( 11:16 ) Pourquoi je fume ?
L'autre jour j'ai essayé de lui expliquer cette angoisse qui me serre l'intérieur. Parfois j'ai l'impression qu'elle est là depuis toujours. Peu de fois elle m'a quitté, c'est d'ailleurs ses courtes absences qui m'ont fait prendre conscience qu'elle existait. Je sais pourtant que la cigarette n'a aucun effet sur cette angoisse, de moins en moins. On n'affronte pas ses angoisses avec des pincettes et des gants, on doit les regarder en pleine face. On doit.
Mais ça fait peur.
# 82236151 L'insomniaque
26.9.02 ( 20:45 ) À fleur de peau
En relisant mes deux ou trois dernières entrées je réalise que je devrais plutôt dire que je me sens complètement à fleur de peau. Ce serait plus juste. Oui j'ai des moments de spleen profond mais j'ai aussi des instants de joie pure.
En général ce qui me rend triste c'est de constater que je n'ai pas su créer un nid douillet et chaud pour mes oisillons. C'est aussi ma relation avec mes parents, plus spécifiquement avec ma mère. J'ai certains doutes aussi lorsque je m'aperçois que même si mon travail est très enrichissant humainement, il ne remplit pas tout. Mais lorsque je réfléchis un tout petit peu plus je me rends à l'évidence que le sort de mes oisillons ne repose pas uniquement sur mes épaules et qu'un foyer c'est plus que quatre murs et trois repas quotidiens. Je pense aussi que j'ai bien essayé avec ma mère, mon frère et même mon père de trouver un lieu mitoyen de respect sauf que je ne peux y arriver toute seule, personne ne le peut. Et concernant mon travail, je sais que je le fais bien mais je n'ai pas envie de me laisser aspirer par lui. Je cultive donc une certaine retenue. Pour ce qui me rend heureuse, c'est principalement les découvertes que j'ai faites depuis 3 ou 4 ans. Cette reconnaissance que je me suis accordée, cette jouissance que je me suis permise et cette audace que je me suis arrachée pour franchir les frontières que je m'imposais bêtement. Tout a changé autour de moi, je dois maintenant retrouver mes repères. Normal que je vive toutes ces émotions et ces vagues. Normal oui, mais un peu effrayant. Voilà.
# 82171111 L'insomniaque
( 20:22 ) Triste
Aujourd'hui elle était là ma tristesse. Elle prenait toute la place et m'attirait vers le dedans. Pourtant tout était comme d'habitude, rien ne justifiait sa présence aujourd'hui plus qu'hier mais elle était là. En fait, je vis un drôle de détachement ces temps-ci, une espèce de solitude difficile à expliquer. Comme si tout ce qui est autour de moi ne m'appartenait pas, ou alors c'est moi qui n'appartiens pas dans ce décor. Je me suis donc dit que si je n'étais pas bien ici, alors pourquoi pas ailleurs ? Mais ailleurs justement je serai toujours moi. C'est préoccupant de me sentir ainsi, j'avoue. D'autant plus que je sens que c'est un mouvement qui s'accentue.
Dans mes moments de sagesse (oui j'en ai) je me dis que c'est une transition, quelque chose qui doit passer, qui devait le faire depuis longtemps. Je me dis que bientôt tout sera plus clair, plus léger, et certains matins j'ai même l'illusion que ça arrive, que je le sens. Mais le lendemain ou le surlendemain elle revient, toujours aussi envahissante. Il y a même des jours où je me dis que ça ne peut plus continuer comme ça, plus très longtemps en tout cas. Mais ça continue quand même. Il y a quand même l'hypothèse de mes cycles lunaires sauf que j'y crois de moins en moins. Et pourquoi je raconte tout ça moi ? Parce que j'ai besoin de l'écrire pour mieux le mesurer. Comment un femme qui aime la vie comme moi peut-elle se sentir si déphasée par moment ? Je n'en sais rien. Il y a une petite fille blessée en moi et moins je veux l'entendre, plus elle pleure. Moins je veux la rassurer et plus elle a peur et elle me griffe l'intérieur. Mais qu'est-ce que je vais bien pouvoir faire avec elle ? Je vous écris ça et je me sens tellement ridicule. Je ne l'écris pas et ça étouffe en moi. Zut.
# 82170335 L'insomniaque
25.9.02 ( 22:50 ) Quand l'évidence se manifeste
Épuisée je monte dans le taxi en jetant mes sacs sur le siège, il ne me reste plus qu'un passage obligé au guichet automatique et je pourrai enfin rentrer chez moi où mon fils m'attend patiemment pour souper Je donne rapidement l'adresse au chauffeur et il me répond qu'il fera cela pour moi avec plaisir. Un peu surprise par sa courtoisie enjouée, je lui dis que c'est gentil parce que je suis très fatiguée et qu'il me tarde d'être enfin chez moi. C'est là qu'il me répond, un peu par automatisme je pense bien, que la vie parfois, n'est pas un cadeau... Sans réfléchir ma réponse fuse spontanément, comme surgie du plus profond de moi-même:: Mais si la vie c'est un cadeau, absolument !
Je suis moi-même étonnée de la conviction inébranlable de mes paroles. Le chauffeur se retourne, visiblement déstabilisé par la spontanéité de ma réponse. Il sourit, un peu mal à l'aise, et m'explique que bien sûr, mais il a dit ça comme ça... Et là il continue à raconter des trucs sur la vie. Mais je ne l'écoute plus. Je réfléchis à ce que je viens de dire, à ce que j'ai ressenti en entendant ses paroles et à cette conviction bien ancrée qui s'est exprimée sans même que j'aie eu le temps de la formuler. Quelques minutes plus tard, après être descendue du taxi et passée au guichet automatique, je marche jusqu'à chez moi. La nuit est tombée, l'air est doux. Je suis fatiguée. Mais je suis surtout émue d'avoir ressenti cette évidence, de l'avoir conscientisée. Il ne me reste plus qu'à décider ce que j'en ferai, la balle est dans mon camp je crois.
# 82126273 L'insomniaque
24.9.02 ( 22:24 ) Une entrée de rien du tout
C'est de lui que j'ai envie de parler ce soir, de ce grand bonheur simple que d'être sa maman. Peut-être parce que je sais que le moment présent ne durera pas et que bientôt il sera beaucoup trop grand pour marcher avec moi jusqu'au bus, qu'il ne me demandera plus de l'attendre, de ne pas marcher trop vite. Que dans quelques années sa petite voix ne sera plus qu'un vague souvenir, qu'il ne laissera plus de messages sur ma boîte vocale au boulot pour me demander d'acheter du lait, du jus et des popsicles(!) et me dire qu'il est bien rentré et qu'il m'aime. Vous me direz qu'à ce moment là il me racontera autre chose, qu'il prendra mon bras pour que je puisse allonger le pas et le suivre, qu'il me parlera de ses projets de grand, je sais...
La vie avance et nous grandissons tous mais il m'arrive de m'émouvoir sur le plaisir des petits moments que nous avons le privilège de partager lui et moi. Je ne suis pas la super maman, celle qu'on représente partout dans la publicité et au cinéma. Il m'arrive trop souvent de rentrer du boulot crevée, bougonne et sans inspiration pour cuisiner un souper santé. il m'arrive aussi d'oublier de vérifier ses devoirs ou ses leçons parce que je suis préoccupée ou perdue dans ma bulle. J'avoue que j'ai parfois hâte au week-end qu'il passe chez son papa pour me retrouver dans mon silence et vivre à mon rythme. Il fut un temps où je culpabilisais à cette idée, puis je me suis dit que je ne pouvais être maman qu'avec ce que j'étais moi-même. Imparfaite insomniaque. Ce soir il m'a rapporté une composition pour que je la signe. J'ai senti sa fierté quand j'ai remarqué tout haut combien sa calligraphie était soignée et ses idées bien alignées. Je sais le travail qu'il a accompli, l'effort qu'il a fourni. Et je sais qu'il sait que je sais... Et ça, c'est le plus grand des petits bonheurs.
# 82074188 L'insomniaque
23.9.02 ( 07:17 ) Nuit d'orage
J'ai senti la rage de la pluie qui est tombée cette nuit, senti aussi la soif de la terre qui buvait debout, deux passions qui s'affrontaient.
Ce matin l'air est encore chargé mais il y a un vent doux qui m'appaise un peu. C'est lundi, tout à l'heure on sera vendredi et entre les deux, il y aura toute cette énergie reçue et donnée. C'est la vie, la mienne en tout cas. Et puis de ce côté-ci, j'ai pris ce sentier où je marche seule. J'ai un peu peur mais j'avance. Il le faut.
# 81988332 L'insomniaque
22.9.02 ( 10:52 ) Rencontre
Sortie du vendredi soir sur une terrasse à Montréal avec une collègue qui devient peu à peu une amie. L'air était doux et le décor chaleureux. Échange de confidences, découverte d'une fille tellement belle, douce et sensible. Ses paroles étaient réfléchies et pesées, son écoute pleine de curiosité, de respect et d'ouverture. Étonnement de voir que même si les années et les continents nous séparaient, tant de choses nous rapprochaient. Dans la vie il n'y a que les rencontres avec soi et avec l'autre. Le reste c'est du superflu et du remplissage. Il n'y a qu'à travers ces moments privilégiés qu'on avance. Entre la réflexion de la solitude et la découverte de la rencontre, il n'y a que le boulot, les voitures et les impôts.
Du remplissage je vous dis.
# 81950542 L'insomniaque
( 10:41 ) Ma carapace
Je crois que la mienne est à l'intérieur. Dehors je ressens tout mais je ne suis pas aussi fragile que ça pourrait en avoir l'air. Ou alors.... Peut-être le fait de dire que ma carapace est intérieure est-il le reflet d'une autre carapace extérieure, plus vicieuse, plus trompeuse...?
Parfois je m'interroge sur ma capacité de vivre cette vie, sur mon adaptation, mes armes et surtout sur le sens de tout ça. D'aussi loin que je me rappelle il y a eu ce doute, cette impression qu'il me manquait quelque chose pour savoir bien vivre. Survivre je dirais. Toujours eu le sentiment que je m'accrochais tant bien que mal, que je surnageais mais que jamais je ne saurais plonger. Attendre encore un peu. Aujourd'hui je me questionne sur ce doute. Et si tout le monde le possédait ? Et s'il faisait partie de la nature humaine, ainsi que cet instinct de le dissimuler, de ne jamais le laisser voir. Ces questions me taraudent depuis... Toujours. Récemment, j'ai émis l'hypothèse qu'elles pourraient être saines. C'est déjà ça. Parfois j'ai l'impression d'avoir été jetée dans la vie comme un cobaye dans un immense laboratoire. Quelque chose est attendu de moi. Mais quoi ? À d'autres moments je sens que je possède les clés, qu'elles sont là dans ma poches, que je les touche. Et ça me fait sourire. Je préfère nommer mes doutes que de les cacher au fond de moi comme une honte innommable. Une fois que les peurs sont écrites, on peut les regarder et parfois même les franchir. Parfois.
# 81950232 L'insomniaque
( 10:22 ) Quand le bruit cesse
Un moment privilégié, une halte dans la tempête. Heureusement il y a les dimanches matins.
Réveillée doucement par les cloches de la petite église voisine, quelques chants d'oiseaux. Il y a bien aussi quelques voitures qui circulent mais contrairement aux matins ordinaires, elles demeurent lointaines, presque discrètes. Avant de m'étirer et de sortir du lit, je songe à cette semaine qui est passée si rapidement. Je prends aussi le temps d'apprécier la douceur de mes draps et le luxe de m'arrêter avant de m'élancer dans une nouvelle semaine qui sera tout aussi intense. Dimanche matin, moment immobile, pause indécente savourée sans remord. Envie de café et de clavier, d'entendre le bruit des touches qui s'enfoncent, parfois lentement, d'autres fois à la volée dans une précipitation des idées. Le temps m'appartient. Illusion délicieuse.
# 81949720 L'insomniaque
( 00:37 ) Squelette
Vaut-il mieux avoir le squelette à l'intérieur ou à l'extérieur du corps ?
Lorsque le squelette est à l'extérieur, il forme une carosserie protectrice. La chair est à l'abri des dangers extérieurs mais elle devient flasque et presque liquide. Et lorsqu'une pointe arrive à passer malgré toute la carapace, les dégâts sont irrémédiables. Lorsque le squelette ne forme qu'une barre mince et rigide à l'intérieur de la masse, la chair palpitante est exposée à toutes les agressions. Les blessures sont multiples et permanentes. Mais justement, cette faiblesse apparente force le muscle à durcir et la fibre à résister. La chair évolue. J'ai vu des humains qui avaient forgé grâce à leur esprit des carapaces << intellectuelles >> les protégeant des contrariétés. Ils semblaient plus solides que la moyenne. Ils disaient << Je m'en fous >> et riaient de tout. Mais lorsqu'une contrariété arrivait à passer leur carapace les dégâts étaient terribles. J'ai vu des humains souffrir de la moindre contrariété, du moindre effleurement, mais leur esprit ne se fermait pas pour autant, ils restaient sensibles à tout et apprenaient de chaque agression. Emond Wells Encyclopédie du savoir relatif et absolu Extrait du livre Les fourmis de Bernard Werber.
# 81938595 L'insomniaque
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