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Lundi le 13 décembre 1999,(2ème partie)

Tristesse,

ce soir, au hasard de mes ballades sur le web, je suis tombée (peut-on dire par hasard Hibou?) sur ce très bel extrait, très profond et sage, sur la tristesse et sur ce qu'elle peut nous apporter au delà des larmes. J'ai eu envie de le partager avec vous. Ce qu'on y lit résonne très juste en moi. Lisez doucement.


« Je crois que presque toutes nos tristesses sont des moments de tension que
nous ressentons comme une paralysie car nous sommes désormais sourds à la vie
de nos sentiments devenus étranges. Nous sommes seuls, en effet, face à cette
étrangeté qui est entrée en nous; car, pour un temps, tout ce qui nous est
familier, tout ce qui est habituel nous est ravi; nous sommes, en effet, au cœur
d'une transition où nous ne savons pas nous fixer. C'est aussi la raison pour
laquelle la tristesse est passagère : ce qui est nouveau en nous, l'adjuvant de ce
que nous étions, est allé jusqu'à notre cœur, a pénétré son lieu le plus intime,
mais n'y est pas non plus resté : il a été passé dans le sang. Et nous ne savons pas
ce que c'était. Il serait facile de nous persuader qu'il ne s'est rien passé; mais
nous avons pourtant bien changé, comme change une maison où un hôte est
entré. Nous sommes incapables de dire qui est entré, nous ne le saurons sans
doute jamais, et pourtant bien de signes témoignent du fait que c'est ainsi que
l'avenir pénètre en nous pour s'y modifier longtemps avant qu'il n'arrive
lui-même. Voilà pourquoi il est si important d'être solitaire et attentif lorqu'on
est triste : l'instant apparemment immobile où, semble-t-il, rien ne se passe, cet
instant où l'avenir pénètre en nous est en effet beaucoup plus proche de la vie
que cet autre moment arbitraire et patent où l'avenir nous arrive pour ainsi dire
de l'extérieur. Plus nous sommes silencieux, patient et disponibles lorsque nous
sommes tristes, et plus ce qui est nouveau pénètrera profondément et sûrement
en nous, mieux nous le ferons nôtre; il sera d'autant plus notre destin propre, et,
plus tard, lorsqu'il « se produira » (c'est-à-dire lorsqu'il surgira de nous pour
passer aux autres), nous nous sentirons profondément intimes et proches. Et c'est
nécessaire. Il est nécessaire — et c'est vers cela que peu à peu doit tendre notre
évolution — que nous ne nous heurtions à aucune expérience étrangère, mais
que nous ne rencontrions que ce qui, depuis longtemps, nous appartient. Il a
déjà fallu repenser tant de conceptions du mouvement qu'on saura peu à peu
admettre que ce que nous appelons destin provient des hommes et ne vient pas
de l'extérieur. C'est uniquement parce que nombre d'entre eux ne se sont pas
imprégnés de leur destin quand il vivaient en eux, ne l'ont pas transformé en ce
qu'il sont eux-même, qu'ils n'ont pas su reconnaître ce qui provenait d'eux; cela
leur était si étranger que, dans leur crainte confuse, ils ont cru qu'il venait à
l'instant de les atteindre car ils juraient n'avoir jamais auparavant rien trouvé de
pareil en eux. De même qu'on s'est longtemps abusé à propos du mouvement du
soleil, on continue encore à se tromper sur le mouvement de ce qui est à venir.
L'avenir est fixe, cher monsieur Kappus, mais c'est nous qui nous nous
déplaçons dans l'espace infini. »                 

Lettres à un jeune poète (extraits)  

RAINER MARIA RILKE

N'est-ce pas là un merveilleux texte, plein de sagesse et de vérité? À relire lentement, plusieurs fois. À savourer. À méditer. J'avais très envie de vous l'offrir. Maintenant je sors marcher, j'ai besoin de respirer.

                                                         À bientôt,

                                                           L'insomniaque :)

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