Journal d'une
insomniaque
Mardi le1er juin 1999,
Reliée,
un peu partout, avec plein de gens, des très loins, des tout près. Des gens qui s'éveillent lorsque je me couche, qui font la sieste de l'après-midi pendant que je petit-déjeûne. Des gens avec qui je suis en relation parce que nous avons un ou des intérêts communs. Voilà ce que représente mon coin d'internet pour moi. C'est comme si, dans mon petit bureau, dans une banlieue de Montréal, il y a une fenêtre sur le monde, un petit bout de ciel qui me permets de voir très loin, en dedans ou au dehors...
Parce qu'au fond, ce qui nous unit, c'est notre"humanitude", et c'est à travers le web qu'elle peut s'exprimer le plus librement. Je sais, sans doute je ne vous impressionne pas avec ma réflexion genre "peace and love", mais ce n'est pas ce que je cherche à faire. Ce que je veux c'est m'exprimer, simplement. Essayer de vous décrire le plus précisément possible ce que je ressens. Je n'ai rien à gagner.
Dernièrement, les gens autour de moi ont tendance à me faire des remarques au sujet de ma présence sur internet. Comme si pour eux, ce que je vis à travers ce médium, est moins sérieux et important que la "vraie vie". Je suis d'accord, jusqu'à un certain point, que, quels que soient nos intérêts, il faut continuer à vivre et à intéragir normalement avec notre entourage. Mais, si mon cercle peut s'agrandir parce que je peux maintenant y inclure des gens de partout dans le monde, je n'y vois que des avantages.
De plus, la maîtrise de la technologie, des outils informatiques, bien que sommaire dans mon cas, m'apporte une grande fierté. Je sens que je fais partie de quelque chose d'important, que je ne me laisse pas dépasser par le progrès(pour le moment ;-) que je pourrai m'insérer dans la société qui se transforme. Que je sais m'adapter au changement. À ma façon, bien sûr, mais de manière passionnante.
En prime, je gagne un lieu où je peux enfin dire et écrire. Et être lue. Avoir parfois du feedback. Tout cela, sans déranger personne, car les gens qui me lisent, le font librement. Je crois bien... Finalement, je peux facilement et sans bourse délier(presque), rester en communication régulière avec des gens que j'aime mais qui vivent au loin. N'est-ce pas extraordinaire?
Une des mises en garde qu'on me fait souvent lorsque je parle de mon implication sur le web, est de faire attention aux gens que je rencontre, que tous ne sont pas ce qu'ils disent être. Eh bien tant pis, si quelqu'un prend la peine de monter un scénario pour faire croire qu'il(ou elle) est autre chose que ce qu'il est réellement, je pense sincèrement que c'est d'abord et avant tout à son propre détriment qu'il agit. Ensuite, je me dis que l'invention comporte certainement une part de réel et que, ce que la personne présente est sans doute une facette de ce qu'elle est. Et ça me va.
Après tout, les relations nouées sur internet sont en général des relations autour d'un sujet d'intérêt commun. Et on choisit qui on fréquente en fonction de qui on est.... Par exemple, dans ma lutte pour cesser de fumer, j'ai obtenu du support de toute une communauté web réunie autour de l'arrêt de fumer. J'y ai trouvé(et j'y trouve encore) une écoute sans jugement, une solidarité sans faille et une camaraderie sans obligations. Les gens de mon entourage, bien que souhaitant de tout coeur que je réussisse l'exploit d'arrêter de fumer, sont souvent bien impuissants à comprendre ce que je vis et l'ampleur de ce deuil que j'ai à vivre même après quatre mois(surtout après quatre mois!). C'est pourquoi, dans cette liste, j'ai trouvé l'appui dont j'avais besoin et ce, d'un peu partout dans le monde.
En ce qui concerne les gens mal intentionnés, il s'agit, d'après moi, de ne pas prêter le flanc. D'agir comme lorsqu'on rencontre quelqu'un en personne, i.e. ne pas être naif(naive). Et ne pas poursuivre les relations douteuses. Se servir de notre intuition, de la petite voix qui nous révèle bien des choses quand on l'écoute un tant soit peu, ainsi que de notre bon sens. Il reste toujours des risques mais, pas plus, d'après moi que lorsque je vais prendre une marche le soir. Il s'agit de rester vigilant(e) tout en continuant à vivre.
Voilà ce dont j'avais envie de vous parler ce soir, de mon émerveillement devant cette découverte d'un monde plein de possibilités. Du plaisir que je ressens à en faire partie et de ce que j'en retire personnellement. Après tout, ce n'est pas tous les jours qu'on entame le quatrième mois d'un journal online. En espérant être ici, dans le plaisir, encore longtemps. À plus tard,
L'insomniaque :-)