Journal d'une
insomniaque
Samedi le 15 mai 1999,
La fibre ménagère,
vous connaissez? Dans mon cas ce serait plutôt l'absence de... J'ai beau tout essayer, prendre toutes les bonnes résolutions du monde, me secouer, m'engueuler, me mettre au pied du mur(pas d'internet tant et aussi longtemps que tout n'est pas net!), je n'ai aucun talent concernant le ménage et l'entretien. Et, encore pire, aucune motivation, envie ou propension à en développer.
Paresseuse? Peut-être un peu... Mais je peux cependant travailler avec acharnement à d'autres tâches. Mal organisée? Sans doute... Mais dans tous les autres domaines de ma vie je peux organiser et réussir n'importe quoi sans oublier le moindre détail tout en respectant les échéances. Gâtée? C'est possible... Mais je ne suis aucunement dépendante des autres et j'ai toujours su assumer moi même tous mes autres besoins.
J'ai souvent tenté d'analyser cet aspect de moi afin de trouver où le bât blesse et enfin résoudre ce problème. Jusqu'à maintenant je n'ai pas entrevu de solution salvatrice, mais, bon, au moins j'y pense...
Il y a, d'après moi, quatre origines possibles pour cette anomalie qui m'afflige...
Mon
éducation
Mon bagage génétique
Une(ou des) vie(s) antérieure(s) vécue(s) dans
l'opulence
Un entêtement démesuré
Examinons donc chacune des origines possibles dans le détail.
D'abord l'éducation. D'aussi loin que je puisse me rappeler, les tâches ménagères ont été vécues comme une torture par ma mère. C'était une obligation(encore plus à cette époque) pour la femme accomplie, d'entretenir sa maison tout en s'occuppant des enfants et, si elle avait un travail à l'extérieur, celui-ci ne constituait nullement une dérogation à la règle première car c'était bien connu que le travail rémunéré des femmes était un choix qui ne devait surtout pas entraver la bonne marche du foyer(...)
Ma mère, qui ne possédait aucun enthousiasme pour le travail de maison et qui travaillait à temps plein à l'extérieur, accomplissait le strict minimum vital et n'a donc jamais pu me transmettre cette vertue qu'elle ne possédait pas elle-même. De plus, pendant quatre ans(de 9 à 13 ans), j'ai été pensionnaire dans une école privée où l'on n'accomplissait aucun travaux ménagers. J'ai réalisé plus tard que ces âges étaient justement ceux auxquels on commençait à participer plus activement aux tâches quotidiennes. Finalement, les travaux ménagers plus énergiques ont toujours été faits par mon père(selon mon souvenir) et ma mère s'occuppait plutôt de la lessive, des courses et de tout ce qui nous entourait, mon frère et moi. La cuisine était partagée à peu près également et n'était pas véhiculée comme représentant une corvée lorsque l'on n'était pas pressé par le temps, bien sûr.
Selon mon souvenir, encore une fois, mes parents n'ont jamais sollicité réellement ma participation aux travaux ménagers, sauf pour ma chambre que je ne faisais pas(ou très rarement) comme la plupart des adolescents que je connais, et la vaisselle, après souper, qui consistait surtout aux chaudrons et casseroles car nous possédions un lave vaisselle qu'il fallait vider à l'occasion bien entendu.
Ensuite, mon bagage génétique... Quoi dire à part que j'ai toujours été beaucoup plus intellectuelle de nature que sportive. J'ai toujours aimé les activités extérieures comme le ski de fond, le volleyball, le badmington, le canot, la natation, et autres, mais c'était surtout pour la joie de vivre qu'ils me procuraient, le plaisir de les partager avec des amis et jamais, jamais, pour la performance. J'adorais autant(sinon plus) le moment du chocolat chaud partagé avec un ou des amis après un après-midi de ski de fond... Et que dire de la fondue au fromage bien arrosée...
En fait, honnêtement, si j'ai le choix réel entre deux activités, une physique et l'autre sédentaire, j'opterai instinctivement pour la deuxième et il faudra une très bonne motivation pour que je choisisse la première... Je suis comme cela, ma mère et mon frère le sont aussi, et si j'observe mes garçons je dois dire qu'ils sont aussi comme cela. Pas qu'ils ne sont pas actifs, Frédéric mon plus jeune, est toujours partant pour une expédition en vélo ou une aventure en forêt et Yan-François lui, est inscrit au football selon son propre choix. Mais lorsque je les vois, tenter d'accomplir des prouesses physiques quelconques, c'est clair qu'ils n'ont aucune prédisposition. Ils courent mal, ne sont pas souples et ne possèdent pas une grande coordination des mouvements qu'on appelle parfois "grâce". Niet. Mais je les aime mes petits oursons mécaniques... ;-)
Si je regarde leur père, Denis, c'est tout le contraire. C'est un effort pour lui de rester physiquement inactif. À la maison il s'occuppe de toutes les grosses besognes(et de plusieurs petites!!!) Parfois, le samedi matin, je tente de l'asseoir en face de moi afin que nous puissions planifier notre week-end. C'est peine perdue, impossible de le faire asseoir réellement, il est constamment en action, dehors, en bas, en haut, il est insaisissable. Et lorsque je finis par réussir à capter son attention, il a déjà fait plus de choses dans sa journée que moi j'arriverai en en accomplir pour tout le week-end... Alors que moi, je suis celle qui pense à tout, des courses aux devoirs en passant par les anniversaires et les rendez-vous chez le dentiste à planifier.
N'ayant donc pas reçu un bagage génétique propice à l'activité, c'est donc plus difficile pour moi de prendre la décision d'accomplir des tâches ménagères, surtout considérant que le plaisir ne m'accompagne pas.
La prochaine origine possible est le fait que j'aurais vécu une ou plusieurs vies antérieures dans l'opulence, ce qui aurait eu pour effet de me rendre allergique aux tâches domestiques puisque, comme le stipulent les droits de noblesse, j'aurais eu à mon service, des armées de domestiques...
Mmmm.... Intéressant comme hypothèse mais absolument invérifiable. En tout cas, la Princesse Insomniaque est d'avis qu'elle ne devrait pas être importunée par des considérations aussi roturières, mais plutôt, laissée à son art... ;-)
Finalement, je dois dire que la dernière origine possible de mon absence de fibre ménagère,un entêtement démesuré, n'est pas très flatteuse... Mais il y a sûrement un fond(très petit petit) de vérité qui se cache ici, puisque l'insomniaque est une passionnée qui se consacre volontier à tout ce qui lui chante mais qui, lorsque laissée indifférente, ou pire, dérangée, par une tâche routinière et dépourvue de sens et de motivation, peut tourner le dos avec une obstination et une fermeté infranchissables. C'est la vérité, que voulez vous, toute médaille a un autre côté et celui de la passion est malheureusement l'indifférence... :-(
Comprenez moi, je déteste me consacrer à des tâches qui n'ont pas de signification pour moi, et comme je ressens une pression sociale(...) qui me dicte que je devrais être mieux organisée, plus propre, moins bohème, et tutti quanti, l'insomniaque délinquante et contradictoire se réveille en moi et s'acharne à non seulement ne pas faire ce qu'on lui demande mais, en plus, à faire le plus de bruit possible autour de ce refus pour être bien certaine que tous connaissent sa position... Alors mon tempérament peut fort bien être un accessoire important dans tout cet imbroglio...
En conclusion, je n'ai aucun ________(talent, goût, habileté, intérêt, apprentissage, force, intention, propension) pour les tâches ménagères. Mon but n'est pas d'en acquérir mais plutôt d'arriver à perdre la culpabilité qui accompagne cette absence ou alors de développer les moyens financiers qui me permettront de ne plus jamais y penser. En attendant, gare aux samedis matins de l'insomniaque et, ne la visitez à l'improviste qu'à vos risques et périls... ;-)
L'insomniaque