Journal d'une
insomniaque
Jeudi le 13 mai 1999,
Une belle histoire...
Vraiment? Vous pensez? Attendez que je vous raconte et vous pourrez vous prononcer ensuite... En tout cas je ne peux pas commencer par "Il était une fois..." parce que cette formule est surtout réservée aux contes de fées et que ce récit n'entre pas du tout dans cette catégorie.
Alors, allons-y, ça commence comme suit: Imaginez une femme. Une fille pas compliquée, qui accomplit tout intensément. Quelqu'une qui aime mordre à la vie mais qui ne néglige jamais se responsabilités ou ses engagements pour autant.
Cette femme rencontre un homme. Ordinaire comme mec, mais, sérieux, engagé et pas compliqué non plus. Ils se marient et pour passer le temps, font des bébés et construisent une maison. Le temps passe doucement et la fille du début devient une maman accomplie(puisqu'elle fait tout intensément). Les trois oisillons grandissent et prennent de plus en plus d'espace dans le nid. C'est aussi bien parce que le mec ordinaire en prend de moins en moins...
En fait, le mec ordinaire trouve ça bien ordinaire de mener une vie ordinaire... C'est alors qu'il rencontre la quarantaine et se fait glisser à l'oreille qu'il peut revenir prendre des vacances du côté de la vingtaine. Le problème c'est qu'une fois là-bas, il regarde vers sa vie ordinaire et la trouve bien usée. Il décide donc de se réinstaller du côté de la vingtaine et décide alors d'en déguster tous les nectars(y compris ceux qu'il avait oublié de goûter au temps qu'il était sérieux et ordinaire).
Pendant ce temps, la fille pas compliquée devenue maman dévouée, très occuppée à torcher sa couvée(oups!), réalise qu'elle ne reconnaît plus tellement son mec sérieux et ordinaire. Elle lui demande donc ce qui se passe et il lui répond qu'elle a oublié d'évoluer, et merci beaucoup, et au-revoir- je- t'enverrai-mon-avocat...
La fille enlève donc son tablier et chausse des souliers, puis part trouver un métier à exercer, puisque maman dévouée ne donne plus droit à aucune prestation... Mais attendez, mon histoire ne fait que commencer.
Comme une fille pas compliquée et dévouée a beaucoup d'expérience à ne pas sentir et à tout ramasser(...), elle trouve rapidement un emploi sur une chaîne de production où le dévouement est un prérequis. Employée modèle et affamée de reconnaissance, notre fille pas compliquée mais un peu usée, gravit rapidement les échelons de l'entreprise qui l'accueille dans son giron.
Bientôt on lui offre de venir aider les autres à s'oublier pour mieux garnir les poches des associés. Gérante de production, appréciée comme jamais dans sa vie et enfin consciente de ses forces vives et de sa passion, elle se donne coeur et âme pour que tout soit sans bavure et que le patron puisse jouir en paix de cet argent gagné honnêtement...
Parlant justement de jouissance et de passion, elle ne savait point que coeur et âme ne suffisait pas, qu'il fallait maintenant y rajouter son corps. Aimée de son patron, jusque dans le dernier repli d'elle-même, elle jouit d'être appréciée et croit sans réserve à l'aboutissement de cette passion complice dans une vie commune, un projet tout simple de vie à la campagne, un retour aux sources, un retour du balancier grandement mérité. Elle commence enfin à comprendre la raison de ses épreuves passées et se remet à fleurir, cette fois-ci avec la sensualité d'une orchidée(elle avait perdu trop de pétales en marguerite et avait bien assimilé sa leçon )
Profitant de ce moment de pur bonheur, la Vraie Vie, qui se sent négligée, décide de secouer la fille pas compliquée à nouveau comblée, un grand coup, afin de lui faire voir que les contes de fées c'est un autre rayon... Alors monsieur patron amoureux, déjà préalablement engagé avec une autre fille(pas notre gérante de production) entraînée, que dis-je, médaillée, au pliage de bas, réalise qu'il s'est trompé et avoue tout à sa dulcinée-championne-plieuse-de-bas...
Bien décidée à ne pas perdre l'investissement de bien des années d'entraînement au pliage de bas, celle-ci réagit de la seule façon qui lui semble possible, c'est à dire, qu'en furie elle se précipite chez la larve ordinaire pour lui signifier d'une façon physiquement très claire, qu'elle ne cédera pas un pouce, encore moins un pied!!!(parlant de son fiancé, bien sûr)
Comprenant que personne ne comprend,notre fille pas compliquée-passionnée-et-dévouée, part en croisade leur expliquer que dans ce cas-ci c'est vraiment de l'amour, avec un grand A, n'est-ce pas chéri-patron-qui-croit-en-moi-et-en-nous?... Chéri? Chéri? Ça va? Réponds-moi....
Black-out..... soudain elle ne voit plus rien, ne reconnaît plus rien, n'a plus rien. Plus d'équilibre, plus d'appartement, plus d'appuis, plus d'emploi... Plus d'emploi? Mais dites donc, y'a une erreur, nous sommes en 1999... Arrachez mon coeur mais laissez moi mon emploi!
Malheureusement, pour ne pas importuner l'ex-patron-amoureux, CE N'EST PAS POSSIBLE. Mais voici 3 mois de salaire et sois assurée que tes compétences ne sont pas en cause , lui répond l'associé complice du patron amoureux de sa plieuse de bas...
Fin du conte qui n'est pas pour les fées...
Épilogue: Vous vous rappelez le mec ordinaire parti revivre la vingtaine?... Eh bien, pour épicer l'affaire, il rapplique deux jours après l'avalanche afin d'informer notre fille pas compliquée et déplumée que maintenant qu'elle ne détient plus d'emploi pour faire vivre ses poussins toujours au nid, il songe sérieusement à les reprendre sous son aile... histoire, bien sûr, de lui laisser tout l'espace nécessaire pour finir de s'émietter.....
Cette histoire m'a été racontée aujourd'hui même par la fille pas compliquée qui tente maintenant de se recoller et de reprendre pied. Ce soir je voudrais remettre une fleur à toutes celles(et ceux) qui se remettent debout après un tel ouragan. J'aimerais aussi mettre mon pied quelquepart(!) à tous ceux qui oublient les aventures pas compliquées et vite réglées avec des filles dévouées(ou des gars?), quelque part sur un terrain de golf....
À plus tard,
L'insomniaque