Journal d'une
insomniaque
Dimanche le 28 mars 1999,
Brunch familial,
chez mes parents, revenus de la Caroline du sud vendredi. Trois mois d'absence, et rien ne semble avoir vraiment changé. Comme si on s'était laissé hier: Ma mère qui trépigne d'impatience de nous montrer les trouvailles ramenées pour grands et petits, la montagne de vêtements, les souliers, les coquillages, une mâchoire de requin(oui, une vraie...), exclamations, agitation, bref, presque Noël en mars! Mon père, qui exhorte ma mère d'aller plus lentement, et qui ne peut s'arrêter de parler avec passion et détails de tout ce qu'il a vu et revu là-bas.
Toute une rencontre! Et lorsque les surprises sont offertes, les crêpes dévorées, les vidéos visionnés, la routine reprend comme si elle n'avait jamais été interrompue. Je ne me sens pas proche de mes parents. C'est dommage mais c'est ainsi. Particulièrement avec ma mère, je ne sens pas qu'elle s'intéresse à moi comme personne. Il me semble que tout ce que je peux dire lui est indifférent. Et elle a probablement la même impression envers moi. Parfois je pense que nous n'habitons pas la même planète.
Jamais deux personne liées d'aussi près, ont été si différentes ou ont eu des intérêts aussi divergents. Comprenez-moi bien, ma mère est une personne très respectable et mes parents ont toujours rempli leurs obligations parentales avec soin. J'ai une grande admiration pour mon père qui a travaillé toute sa vie pour une compagnie où il a gravi des échelons et s'est développé énormément. C'est un homme qui apprend continuellement, un perfectionniste qui veut toujours connaître les moindres détails des sujets auxquels il s'intéresse. Il est d'une grande sensibilité et d'une générosité sans limite pour ceux qu'il aime. Je sais que tous les deux, ne me laisseraient jamais tomber en cas de besoin, et me l'ont prouvé à maintes reprises au cours des années.
N'empêche que je n'ai pas l'impression qu'ils me connaissent, ni l'un, ni l'autre. Étrange. Pourtant nous sommes une toute petite famille; j'ai un petit frère de 34 ans, marié et père de deux magnifiques enfants, qui vit à Minnéapolis, Minnesota(USA). C'est un informaticien(brillant!!) et son travail l'a amené à vivre à l'extérieur. C'est dommage, mais nous sommes bien fiers de lui et nous comprenons que, dans sa situation, ce serait presqu'idiot de ne pas profiter des avantages qu'on lui offre.
Heureusement, il nous visite, avec sa famille, environ deux fois par année et nous parlons au téléphone une ou deux fois par mois. C'est bien, mais ce n'est pas comme s'ils vivaient ici. Nous sommes beaucoup moins proches. Mais, c'est la vie!!!
Donc, mes parents et moi sommes plutôt seuls(ma mère a une soeur, qu'elle voit rarement et mon père est fils unique) et les fêtes familiales sont très calmes. C'est pourquoi je ne comprends pas que nous ne soyons pas plus proches. Je les aime énormément et parfois j'aurais bien envie que nous nous connaissions plus.
Je dois dire, par contre, qu'ils sont des grands-parents extraordinaires. Mes deux fils les adorent et les admirent beaucoup. Mon père, particulièrement, est considéré comme un compagnon de jeu par tous les deux, et ce, depuis des années. Ma mère, elle, est un refuge sans égal lorsqu'un de mes fils se sent malmené; elle prendra toujours pour lui et il se sentira réconforté. J'apprécie beaucoup cette relation car, n'ayant pas beaucoup connus mes grands-parents moi-même, je trouve que c'est une grande richesse pour eux, quelque chose qu'ils conserveront dans leur coeur toute leur vie.
Voilà, c'est ma famille! Un sage a dit qu'on ne choisit pas sa famille mais qu'on peut choisir ses amis. Moi je pense qu'on atterrit jamais par hasard où que ce soit, et qu'on a toujours quelque chose à apprendre au contact des gens mis sur notre chemin, famille y compris.... Et que, même dans la différence la plus criante, on peut trouver un point commun, une mission commune, une tendresse à partager. Il suffit de cultiver ouverture et discernement. Je crois.
L'insomniaque
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