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En marge; Clichés instants de mes états d'esprit* * Vous n'avez qu'à glisser doucement la souris sur les icones pour les découvrir. |
Petites victoires, et grandes blessures... voilà ce à quoi j'ai songé quand elle est sortie de mon bureau cette après-midi. "Elle" c'est une belle dame de 41 ans qui porte le nom d'une fleur. De longs cheveux noirs, des yeux vifs et profonds et un français hésitant aux accents chantants de l'Amérique de sud. Déterminée, elle entre en déballant ses trésors; quelques bijoux qu'elle a dessinés et fabriqués elle-même, quelques photos de toiles qu'elle a peintes... J'avoue qu'au départ elle m'a un peu déroutée et presqu'agacée en me submergeant de ses créations avant de répondre à mes sages questions. J'ai quand même posé mon crayon pour l'écouter, quelque chose m'y poussait. Et petit à petit, j'ai entendu son histoire. Belle et triste, dure et envoûtante... Arrivée de Colombie où elle a vécu presque vingt ans avec son époux et leurs trois enfants, elle était en quelque sorte le "gagne-pain" de la famille... Habile de ses mains et créative, elle dessinait, fabriquait et tissait tout ce qu'il y avait de beau. Mais ce n'était pas tout ce qu'on lui demandait, elle devait aussi le vendre, l'administrer, entretenir la maison, s'occuper des enfants et surtout, rester belle. Après tout, son mari l'avait recueillie alors qu'elle était pauvre et orpheline, elle devait donc lui être reconnaissante... Pendant ce temps lui, voyageait.... il fallait bien que quelqu'un profite de cette mine inépuisable. Enfin c'est ce qu'il pensait mais, son ambition allait les conduire au Canada, terre hospitalière et prospère, il n'allait pas s'en priver. Tout en continuant de travailler inlassablement elle apprit aussi le français et se mit à côtoyer d'autres gens, à voir d'autres horizons. Un soir elle lui parla doucement, lui expliqua qu'elle était fatiguée et qu'elle voulait bien continuer à travailler mais avec son appui. Il la traita de folle et lui expliqua qu'il ne tolérerait pas pareille insubordination, qu'elle ne devait pas oublier qu'il l'avait recueillie par charité et qu'il était maintenant son mari et qu'il ne changerait pas. Jamais. De toute façon, où irait-elle sans lui? Elle qui n'était rien. Ce qu'il ne savait pas c'est qu'elle était beaucoup plus forte qu'il ne l'avait d'abord imaginé, elle continua d'expliquer doucement, puis, se mit à exiger. Il ne sut encore que la traiter d'hystérique... grand mal lui en prit, puisqu'elle se permit de le devenir et le quitta un soir de trop plein. Ce fut là qu'il frappa son plus grand coup, il la déshonnora devant sa famille et ses enfants et la laissa partir, blessée et démunie. Elle pouvait tout affronter mais la haine qu'elle lut dans les yeux de ses enfants n'en faisait pas partie, elle craqua. Gravement dépressive, elle se traîna d'hôpital en centre d'hébergement. N'était-ce donc pas là la preuve qu'elle ne méritait plus l'amour et le respect des ses enfants? Elle lutta et se redressa, tranquillement, en s'agrippant à ses trésors, ceux qu'elle savait faire de ses mains. Elle vit maintenant seule dans un petit logement, elle n'est plus dépressive, elle s'occupe d'elle-même et entend bien trouver du travail pour subvenir à ses besoins. Et ses oeuvres qu'elle a déballées sur mon bureau sont le seul témoignage qui lui reste pour avancer. En comprenant cet aspect, je me suis mise à les examiner de plus près. J'y ai découvert toute la beauté qu'elle portait en elle, toute la force et tout le courage... Elle perfectionne maintenant son français pour savoir communiquer mieux ce qu'elle est et pouvoir en vivre, et dans ses yeux je vois qu'elle y arrivera. Pourtant elle parle déjà bien puisqu'en une toute petite heure elle m'a appris qu'on pouvait se relever dignement, peu importe la tempête et les vents. Elle a laissé dans mon bureau un peu de son courage et plein de beauté. La professionnelle que je suis pourra peut-être la soutenir dans sa démarche mais la femme en moi ne pourra que l'admirer et lui être reconnaissante de la lumière qu'elle m'a montrée. Je fais un bien beau métier.
À très bientôt,
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