Samedi le 7 avril 2001,

Fascinée,

 

par les cartes géographiques, surtout les très vieilles, mais en réalité toutes les cartes. J'ai toujours eu cet intérêt, même toute petite. Je me rapelle nos voyages en voiture aux États-Unis. Aventures en famille: Les parents devant, mon frère et moi derrière, et ma mère qui gardait la carte et s'y référait lorsque mon père commençait à hésiter. Je m'avançais et tentais de regarder par dessus son épaule, tentant de repérer les lieux et je me retrouvais absorbée par ces enchevêtrements de lignes colorées qui se croisaient et se croisaient selon un ordre que je ne saisissais pas encore...

 

Et je m'émerveillais devant ma mère qui arrivait à distinguer les différentes routes des rivières et des frontières. L'univers représenté en tout petit, réduit à l'échelle humaine pour être mieux compris.

Un peu plus tard, après les cours de géographie(que je n'adorais pas, mis à part qu'on y regardait des cartes), j'ai compris qu'il y avait un code simple, des règles et des conventions qui permettaient de s'y retrouver. Sans jamais être allés dans un endroit, on pouvait commencer à le visualiser grâce à une carte. Bonheur... Appréhender l'inconnu...

Mais avec cette arme, bien calée sur le siège arrière de la voiture, je regardais défiler les paysages des différents états américains et je me rendais compte avec un peu de déception qu'aucune carte ne pouvait rendre compte du vrai visage de chaque endroit. Les panoramas grandioses et froids de l'état de New-York, la douceur un peu endormie de la Georgie, la tropicalité organisée de la Floride, la bucolie rassurante du Kentucky et de ses paturages bleus verts et bien sûr la profondeur sudiste du Tenesse où je me sentais complètement étrangère.

Pourtant, sur la carte, tout se ressemblait, mais dans mes yeux, mon nez, mon coeur et mes oreilles mêmes...rien à voir. Loin d'être repoussée par tant de distance entre la représentation et l'endroit, je me mis plutôt à essayer de lire les cartes autrement, à tenter de percevoir ou d'anticiper les différents lieux en fonction de leur environnement, de leur situation, de leur frontières et de leurs marques géographiques. Pas évident...mais avec de l'imagination et de la patience.... Ces dernières années, je me suis intéressée aux cartes des pays lointains et me suis amusée à voyager dans ma tête. Depuis que je vois défiler dans mon bureau des gens de tous les horizons j'ai réalisé ce qui manquait sur ces cartes pour vraiment bien représenter les lieux: ce sont bien sûr les gens. Leurs mots, leurs sourires, leurs histoires...

En fait, je voudrais que les cartes contiennent le microcosme des lieux qu'elles dessinent. Et chaque fois que je rencontre des humains nouveaux je les rajoute à mes cartes. C'est ainsi que j'ai soudainement réalisé que j'avais envie de voir le désert récemment. Pourtant je l'ai bien regardé à maintes reprises au cinéma ou dans les livres, mais depuis que je connais des gens qui y ont vécu, il a un autre visage, une odeur, une âme que je voudrais palper.

 

Et puis tant qu'à faire, pourquoi pas faire des cartes des gens? Oui, oui, des humains... Chaque être n'est-il pas un pays en soi? Alors pourquoi ne pas dessiner ses frontières, ses montagnes et ses déserts intérieurs? Pourquoi pas aussi ses terres en friches, ses forêts vierges et ses précipices? Mais il faudrait ensuite apprendre à les lire, les regarder longtemps... Sinon, tout se ressemblerait.

 

À très bientôt,


L'insomniaque :
)

 

 

 


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