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Fascinée,
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par les
cartes géographiques, surtout les très vieilles, mais
en réalité toutes les cartes. J'ai toujours eu cet
intérêt, même toute petite. Je me rapelle nos
voyages en voiture aux États-Unis. Aventures en famille:
Les parents devant, mon frère et moi derrière, et
ma mère qui gardait la carte et s'y référait
lorsque mon père commençait à hésiter.
Je m'avançais et tentais de regarder par dessus son épaule,
tentant de repérer les lieux et je me retrouvais absorbée
par ces enchevêtrements de lignes colorées qui se croisaient
et se croisaient selon un ordre que je ne saisissais pas encore...
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Et
je m'émerveillais devant ma mère qui arrivait à
distinguer les différentes routes des rivières et
des frontières. L'univers représenté en tout
petit, réduit à l'échelle humaine pour être
mieux compris.
Un peu
plus tard, après les cours de géographie(que je n'adorais
pas, mis à part qu'on y regardait des cartes), j'ai compris
qu'il y avait un code simple, des règles et des conventions
qui permettaient de s'y retrouver. Sans jamais être allés
dans un endroit, on pouvait commencer à le visualiser grâce
à une carte. Bonheur... Appréhender l'inconnu...
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Mais
avec cette arme, bien calée sur le siège arrière
de la voiture, je regardais défiler les paysages des différents
états américains et je me rendais compte avec un peu
de déception qu'aucune carte ne pouvait rendre compte du
vrai visage de chaque endroit. Les panoramas grandioses et froids
de l'état de New-York, la douceur un peu endormie de la Georgie,
la tropicalité organisée de la Floride, la bucolie
rassurante du Kentucky et de ses paturages bleus verts et bien sûr
la profondeur sudiste du Tenesse où je me sentais complètement
étrangère.

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Pourtant,
sur la carte, tout se ressemblait, mais dans mes yeux, mon nez,
mon coeur et mes oreilles mêmes...rien à voir. Loin
d'être repoussée par tant de distance entre la représentation
et l'endroit, je me mis plutôt à essayer de lire les
cartes autrement, à tenter de percevoir ou d'anticiper les
différents lieux en fonction de leur environnement, de leur
situation, de leur frontières et de leurs marques géographiques.
Pas évident...mais avec de l'imagination et de la patience....
Ces dernières
années, je me suis intéressée aux cartes des
pays lointains et me suis amusée à voyager dans ma
tête. Depuis que je vois défiler dans mon bureau des
gens de tous les horizons j'ai réalisé ce qui manquait
sur ces cartes pour vraiment bien représenter les lieux:
ce sont bien sûr les gens. Leurs mots, leurs sourires, leurs
histoires...
En
fait, je voudrais que les cartes contiennent le microcosme des lieux
qu'elles dessinent. Et chaque fois que je rencontre des humains
nouveaux je les rajoute à mes cartes. C'est ainsi que j'ai
soudainement réalisé que j'avais envie de voir le
désert récemment. Pourtant je l'ai bien regardé
à maintes reprises au cinéma ou dans les livres, mais
depuis que je connais des gens qui y ont vécu, il a un autre
visage, une odeur, une âme que je voudrais palper.

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Et
puis tant qu'à faire, pourquoi pas faire des cartes des gens?
Oui, oui, des humains... Chaque être n'est-il pas un pays
en soi? Alors pourquoi ne pas dessiner ses frontières, ses
montagnes et ses déserts intérieurs? Pourquoi pas
aussi ses terres en friches, ses forêts vierges et ses précipices?
Mais il faudrait ensuite apprendre à les lire, les regarder
longtemps... Sinon, tout se ressemblerait.
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À
très bientôt,
L'insomniaque :)
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