Lundi le 2 octobre 2000,
Dix ans,
mon petit bonhomme, déjà. Il me semble que c'était hier. Mais bon, ça doit être un sentiment maternel fort répandu que de revoir ses enfants tout petiots à chaque anniversaire qui les fait grandir un peu, qui les éloigne encore un peu plus de notre giron.
Mais ce qui est étrange c'est qu'aujourd'hui j'ai plus pensé à moi comme femme, comme être humaine. J'ai songé à ce chemin devant moi, tout nouveau et inconnu qui s'ouvre et à comment je vais le fouler. Comme si la maman en moi reprenait sa juste place parmi les autres. Les autres...
Parce qu'il y en a quelques unes en moi qui se réveillent et qui commencent à s'étirer. Pas seulement depuis aujourd'hui bien sûr, mais pendant les deux dernières années, elles se sont mises à chuchoter d'abord, puis à murmurer un peu plus fort. Et je leur ai promis de m'occuper d'elles. Maintenant elles réclament que j'honore ma promesse. J'essaie, honnêtement, mais quand on commence à s'écouter et à s'entendre, c'est parfois confrontant, pour soi et pour les autres. Ma mère, entre autres...
La semaine dernière alors que je lui disais par téléphone qu'elle n'allait pas pouvoir me joindre vendredi soir parce que je sortais avec un ami(Fred partait chez son père pour le week-end), elle me répond, sans hésiter, avec une petite insinuation dans la voix, que j'étais pas mal libre... Sur le coup, je n'ai pas su répliquer autre chose que ouais... Mais au fond de moi, bien que rien au monde(ou presque) ne m'aurait fait manquer cette soirée, une petite culpabilité ancestrale s'est mise à remonter.
Ce qui me fait réaliser que cette petite fille coupable est un peu trop facile à réveiller et que la femme adulte qui s'assume ne parle pas encore assez clairement en moi. En ce qui concerne la pensée exprimée par ma mère, eh bien, elle lui appartient et je perdrais beaucoup de temps à tenter de lui faire croire autre chose... Mais moi, si je désire répondre à mon besoin de vivre et de m'amuser un peu, d'entretenir des contacts intéressants, de m'ouvrir sur le monde, c'est ma responsabilité de remettre la petite fille coupable à sa place, non?
Alors pourquoi c'est si difficile donc? Pourquoi, après avoir dignement raccroché la ligne, me suis-je sentie comme une usurpatrice... Pourquoi ai-je vécu ma soirée partagée entre le plaisir de la bonne compagnie et la culpabilité d'avoir abandonné un bateau?
Je ne résoudrai pas cette question ce soir bien sûr, mais je peux quand même affirmer que les dix ans de Frédéric et les treize ans de yan-François, me font entrevoir l'urgence de rétablir l'équilibre entre les différentes énergies qui m'habitent. Il ne s'agit pas uniquement de dire que la femme-adulte en moi a plein droit de cité, il faut que j'arrive à le ressentir pleinement.
Bon, c'est bien sérieux tout ça, mais je veux aussi dire que j'ai passé une très belle journée, que Montréal était superbe, que je me suis sentie comme la plus privilégiée de toutes les insomniaques du monde(non, non, je ne suis pas unique) de déambuler tranquilement dans une fin d'après-midi de l'été des indiens avec un petit garçon heureux que ce soit son anniversaire. Et je me suis dit que la vie était pleine de ces petits bonheurs, à moi de les accumuler. Pour les grands, ça viendra, inutile de perdre un temps précieux à les guetter. D'ailleurs, rien de plus sournois qu'un grand bonheur ou qu'un grand malheur. Ça arrive toujours par derrière, à la brunante, et ça se nourrit de notre étonnement. Alors, à quoi sert d'anticiper, juste accueillir de son mieux si et quand ça passe. Voilà.
À très bientôt,
L'insomniaque :)
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