Samedi le 30 septembre 2000,
Me poser,
juste un instant, voilà ce que j'aurais envie de faire ces jours-ci. Il me semble que la vie va vite, que tout court autour de moi et que je n'ai pas assez de temps pour faire la moitié de ce dont j'aurais envie ou besoin. Je suis peut-être un peu gourmande mais je suis tirée de tous les côtés, stimulée, interpellée, j'en arrive presqu'à me demander si je ne souffre pas d'hyperactivité tardive...
Au bureau, c'est la folie furieuse depuis deux semaines au moins. Il me semble que je n'arrive pas au bout de mes piles de dossiers réguliers parsemées de dossiers ponctuels. Chaque fois que j'ai l'impression de m'en sortir un peu, une avalanche de nouveaux appels et de nouveaux rendez-vous se pointe. Et pourtant, soyons rassuré, je ne suis pas premier ministre, non pas du tout. Je trouve particulièrement difficile de consommer du client alors que ma nature me dicte plutôt de m'arrêter sur chacun, de trouver le cheminement optimal pour chaque individu. Mais bon, enfin, je tiens le rythme.
Ensuite la vie à la maison, les devoirs et les leçons de Fredoux, les repas, la lessive, les lunches, les courses, le ménage, les comptes à payer, les acrobaties financières et stratégiques. J'ai encore plein de trucs à aménager, des cadres à installer, des vêtements d'hiver à placer. Et sans compter mon ordinateur, le temps que j'ai envie d'y passer, les choses à apprendre, les projets à réaliser.
Et puis le plaisir... j'en ai besoin aussi. J'ai besoin de sortir, de voir des amis, d'en recevoir chez moi. Et ce journal qui m'a tellement manqué, que j'ai enfin retrouvé et que je me mets à négliger. Pourtant, chaque soir(ou presque) je m'assieds ici avec plein d'idées qui tournent, incapable de les saisir de façon cohérente. Et toutes ces fois où je marche dans Montréal, à l'aller et au retour du boulot, et que des entrées magnifiques(du moins je le crois à ce moment) se mettent à s'écrire dans ma tête pour ensuite s'enfuir, chassées par d'autres préoccupations.
Et mes parents revenus de voyage cette semaine, et l'anniversaire de Frédéric(il aura 10 ans lundi), et ces lectures qui m'attendent, et ce pull que j'ai envie de tricoter(dommage que je n'aie pas deux paires de main), et....
Je crois que je ne me suis jamais sentie aussi vivante qu'en ce moment. Depuis longtemps je n'avais ressenti cette ivresse devant la vie, que je n'avais pas eu des rêves et encore moins l'élan pour les concrétiser. Et me voilà ici, à me plaindre de trop d'envies... Du calme l'insomniaque, il s'agit d'apprendre à jouir de chaque moment, un à la fois, sans anticiper(enfin, pas trop) et surtout, se débarasser de cette vilaine peur au fond du ventre, celle de voir tout disparaître soudain. Celle de ne pas être digne du bonheur et des cadeaux de la vie. Cette culpabilité de ne pas savoir jongler toujours avec tout. C'est très féminin ça, non? Mais guérissable tout de même.
Aujourd'hui j'ai vu une exposition de sculptures dans un merveilleux atelier rempli de lumière. J'ai vu de superbes pièces et j'ai eu envie de les toucher. Tout le monde le faisait mais moi je ne me le suis pas permis. Pourquoi?
J'ai aussi vu des tam-tams et des instruments de musique en bois fascinants. Il y en avait un, dont je ne sais pas le nom; un petit cylindre en bois avec des tiges de métal qu'on pouvait faire vibrer au rythme qui nous plaisait. Je me suis permis d'en jouer. J'aurais voulu en rapporter un chez moi mais je n'ai pas osé demander. Oser.
La journée a été belle et douce, je me suis offert un petit souper dans un resto iranien avec une amie que j'adore, puis une promenade à pieds dans l'air doux de la soirée avec conversation en prime. Je me le suis permis. Il y a donc de l'espoir. Et là je vais m'offrir... Hum... le droit de ne pas tout dire. Et celui de ne pas tout expliquer. Juste savourer.
À très bientôt,
L'insomniaque :)
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