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Lundi le 25 septembre 2000,

Trente sous,

ou alors vingt-cinq sous... Combien de fois on me demande ça quand je marche dans les rues de Montréal? S'il fallait que je les donne à chaque fois, il faudrait que je me mette à traîner des rouleaux... Et pourtant... le plus pernicieux dans cette situation c'est que chaque fois que je dis non (eh oui,ça m'arrive de dire oui...) je repars la tête haute mais le coeur coupable... Difficile à expliquer.

Pourtant je me considère comme une personne plutôt consciente des réalités sociales, pas dupe des opinions bien pensantes et complaisantes. Je sais fort bien que ces gens qui se retrouvent à vivre dans la rue ne sont que des perdantes au grand casino de l'exclusion sociale. Pourquoi eux et pas moi? Qu'est-ce qui me fait croire à moi que, parce que j'ai un boulot(pas rémunéré de façon géniale mais on peut dire décente), je suis dans mon droit de passer tout droit?...

Et je suis la première à réagir avec dégoût et chair de poule à cette pseudo-sainteté qu'on accorde à celui qui paie bien ses dettes.... Je suis d'ailleurs moi-même un peu négligeante à cet effet parfois.... Oh..Quel aveu.... Mais bon, c'est vrai,et puis après? Je trouve qu'on met beaucoup trop d'appui sur cet aspect et pas assez sur le discernement de ce qui est vraiment important. Mais bon, je ne vais pas faire l'apologie inutile(coucou miss Incrédule )de la délinquance financière, juste dire que je ne suis pas une totale conformiste de ce côté. Et je sais, de par mon travail et les clients que je croise, que parfois la ligne entre la réussite et l'échec selon les normes sociales est bien mince et fragile... Combien de têtes j'ai vu courbées et honteuses devant moi parce qu'on n'arrivait plus à soutenir le rythme de vie qu'on avait créé pour les siens? Et là n'est tellement pas l'essentiel...

Ces gens donc que je croise dans la rue et qui me demandent quelques pièces sont tout simplement ceux d'entre mes clients qui n'ont pas pu ou su relever la tête et réintégrer la course insignifiante de la réussite... Mais lorsque je passe mon chemin je suis aussi l'insomniaque fragile et insécure qui veut se rattacher au tout petit peu qu'elle croit avoir... Et peut-être également l'insomniaque qui a compris que malheureusement elle ne pouvait sauver le monde seule, le transporter sur ses épaules...

Suis-je en train de me justifier là? Peut-être bien... Mais les rues de Montréal, toutes belles qu'elles puissent être, sont aussi remplies de questionnements. Et moi les questionnements je les collectionne comme d'autres les timbres ou les bouchons de bière. Voilà tout simplement celui que j'avais envie d'exposer ce soir. Il y en tellement d'autres... Mais heureusement que maintenant je peux revenir souvent.



À très bientôt,


L'insomniaque :)



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