Lundi le 31 janvier 2000,
On est comme on naît,(suite)
et la venue au monde de fils cadet en témoigne tout autant que celle de fils aîné. Je dois dire que notre apprentissage de la vie de parents avait été assez ardue avec la venue impromptue de notre premier fils et nous avions presque rejetté la possibilité d'en mettre au monde un autre. Mais après quelques années nous en sommes venus à la conclusion que nous ne désirions pas n'avoir qu'un seul enfant, que ce n'était pas le type de famille que nous désirions...
Et ainsi nous avons alors pris la merveilleuse décision d'accueillir fils cadet parmi nous:) À partir de là, rien ne fut difficile ni compliqué. Je peux même vous dire que ce qui fut dit fut fait. Je me rappelle m'être réveillée un matin, à peine quelques jours après cette décision, avec la certitude absolue que je portais la vie.
Je fis même cette nuit là un rêve assez étrange que je n'oublierai jamais. Je rêvai que j'étais à l'hôpital et que je venais d'accoucher de...trois étoiles de mer (mère?)... De très jolies étoiles de mer d'ailleurs et elles étaient avec moi dans mon lit. Oui, oui:) Je me rappelle que j'étais pleine d'amour pour ces étoiles. Vous trouvez cela étrange? Eh bien, la personne qui occupait l'autre lit dans ma chambre avait accouché, elle, de.... dix vers de terre...par ailleurs très mignons...du moins le pensais-je durant ce rêve:)
Pendant cet instant de bonheur maternel, mon médecin entra dans ma chambre pour m'annoncer gravement que, vue la naissance de ces trois étoiles de mer, il concluait que j'étais sujette aux grossesses à naissances multiples...Logique. À tout le moins le pensai-je à ce moment. C'est pourquoi le matin suivant me réveillai-je non seulement persuadée que j'étais enceinte mais également convaincue de porter des jumeaux.... Alors que cette dernière hypothèse s'infirma, la première se confirma rapidement. J'attendis quelques jours, pour la forme, avant d'aller passer un test, et lorsque je le passai, je n'avais plus aucun doute quant aux résultats.
Commença alors une grossesse plutôt longue (comparativement à la première) mais qui s'écoula malgré tout très vite. Je ne ressentis aucun malaise (je n'en avais pas ressenti vraiment à la première en fait) mais ce qui m'accompagna cependant durant ces neufs mois fut.... LA PEUR... Pourquoi? Eh bien, j'étais complètement traumatisée par le premier accouchement et, aussitôt que je réalisai que j'allais devoir vivre un deuxième accouchement, je devins convaincue que je ne m'en sortirais pas vivante... On eut beau me dire tout autour qu'un deuxième c'était plus facile, que ça se passait mieux, que ça prenait moins de temps...J'étais persuadée que j'avais fait une erreur monumentale mais que je devais maintenant aller au bout. J'étais tout de même terrorisée....
Je vécus toute ma grossesse partagée entre l'émerveillement, la résignation et la peur. Sinon tout se passa doucement et sans histoire. Sauf peut-être pour une anecdote qui me parait bizarre à raconter mais qui me semble aussi importante en ce qui concerne cet enfant. Vers la fin de mon neuvième mois de grossesse j'allai rejoindre une amie à son bureau pour que nous puissions aller déjeuner ensemble. Pendant qu'elle terminait son travail j'étais assise dans la salle d'attente et soudain un prêtre sortit d'un bureau (il sortait d'un rendez vous avec la députée). Alors que j'étais assise sagement, il se dirigea directement sur moi, me mit les deux mains sur le ventre (non mais....pourtant je ne bougeai pas...) et me regarda dans les yeux en disant:« Ça va bien aller madame...» tout en me faisant un grand sourire...
Je dois dire que je ne suis pas particulièrement croyante (du moins en ce qui concerne l'Église, ce qui ne veut pas dire que je ne crois en rien..) et encore moins du genre à me laisser toucher par un passant (fut-il prêtre) mais je ressentis à ce contact une telle paix du corps et de l'esprit que je ne songeai même pas à reculer... Et je devins alors convaincue profondément que cette naissance se passerait bien.
Ma DPA (vous vous rappelez ce que c'est?) était le 3 octobre. Dès le 1er octobre je commençai à avoir de légères contractions. J'allai marcher pour accélérer le travail (j'allai même magasiner chez Toy's'R'Us, rien de moins;) et de retour chez moi je passai une soirée très calme, ponctuée de petites contractions irrégulières mais fidèles. Je me couchai vers 23:00 hrs(sage l'insomniaque;) parce que je voulais me reposer pour le grand événement.
Le matin suivant je fus éveillée vers 6:30 hrs par des contractions légèrement plus fortes qui commençaient déjà à démontrer une certaine régularité. Je me fis donc un thé et je pris une douche puis je réveillai le papa en lui disant que nous allions à l'hôpital (fils aîné était d'ailleurs déjà chez mes parents a savourer ses derniers instants d'unicité) J'étais parfaitement calme.... Surprenamment calme pour qui connaît l'insomniaque.
À l'hôpital le travail se déroula normalement et lorsque l'infirmière me disait:« Ça va bien, ça avance...» Je me faisais une note mentale de ne pas croire à son enthousiasme de G.O. :))) J'étais préparée à attendre très longtemps. Lorsque les douleurs s'intensifièrent je me rappelle aussi m'être dit, au plus profond de moi: « Ne te crispe pas, laisse l'enfant venir, ouvre toi.» et je me rappelle aussi avoir parlé à cet enfant dans mon coeur: « Viens mon bébé, viens au monde, je suis là, je veux t'accueillir, te prendre dans mes bras, te tenir sur mon coeur..» J'étais paisible, heureuse et prête.
Le tout se déroula en moins de trois heures (à l'hôpital) et lorsque je fus prête et qu'on m'amena à la salle d'accouchement, j'eus à peine le temps de pousser deux fois que mon bébé montrait sa tête toute mignonne. En moins de deux il fut sur moi et je n'oublierai jamais l'instant où, émue je lui parlais et que je le vis faire un effort pour tourner sa tête vers moi et qu'il rencontra mon regard avec l'air de dire: « Ah? eh bien, c'est toi que j'entends depuis tous ces mois? » En cet instant mon coeur fondit de bonheur. Littéralement.
Cet enfant était un beau bébé calme, en santé, plutôt petit format (modèle compact;) En le regardant grandir nous nous rendîmes compte que c'était un être très indépendant, curieux, observateur qui détestait déranger et qui mettait beaucoup d'effort à observer les consignes.
Très sensible, il ne supportait pas de voir la souffrance des autres. Petit, il était vraiment mini (dans les 25 percentiles, pour ceux à qui ça dit quelque chose) mais vers l'âge de 5 ans il se mit à grandir en double. Si bien que lorsque vînt le temps de la maternelle, il dépassait toute sa classe d'au moins une tête.
Fasciné par tout ce qui a un moteur et des roues (les gros camions surtout) et les tâches demandant de la dextérité manuelle (sauf l'écriture) c'est celui de mes enfants qui apprécie le plus l'informatique et internet. Il adore manger (particulièrement des pâtes) et a une obsession (c'est le mot) pour la météo et les prévisions de la température.
Il faut dire qu'il est un brin insécure et particulièrement face aux forces de la nature. Il a très peur des orages et ne s'endort jamais sans avoir écouté les prévisions à la radio. Il sait d'ailleurs à quelle heure le bulletin sera diffusé à la station qu'il écoute habituellement. C'est un drôle de petit bonhomme en fait. Souvent dans son monde à lui, toujours à réfléchir, et continuellement à l'écoute de tout ce qui l'entoure. Il n'est pas particulièrement doué ni intéressé pour les tâches intellectuelles et scolaires mais veut comprendre le fonctionnement des choses et adore bouger...
Bref, un enfant simple, sans histoire qui aime la vie et l'harmonie. À l'image de son séjour dans mon ventre, il est calme et doux mais il a certaines peurs incontrolables comme ma peur de mourir lorsque je le portais. Il est très prévoyant, et a besoin de voir venir, de se préparer et de percer le mystère des choses. Comme son premier regard plein de curiosité, il veut comprendre le fonctionnement et l'essence des choses. Une petite anecdote à cet effet, lorsqu'il avait environ 3 ans, il m'avait demandé très sérieusement, un soir à son coucher, avec quelle énergie nous fonctionnions, qu'est-ce qui nous maintenait vivant, où nous prenions notre "électricité" en me faisant remarquer que tout ce qui bougeait tirait son énergie d'une source quelconque: piles, cordon électrique, essence... « Et nous maman?...» J'avoue que je n'avais pas su répondre mais que j'avais été fascinée par la logique de sa question et de son raisonnement.
Quelle belle aventure que de vivre la naissance. Et quelle beauté il y a dans un enfant, dans tout ce qu'il est, sa façon propre d'aborder la vie... Quel privilège d'assister à tout cela. Mais quelle vigilance cela demande-t-il pour être en mesure d'assurer les conditions propices et particulières à chacun d'entre eux pour qu'il puisse grandir et se tourner vers le soleil... Quelle écoute et quelle humilité. Quelle aventure...
À bientôt,
L'insomniaque :)
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