Douceur,
voilà ce dont j'ai envie ce soir. Cesser de me questionner, de soupeser, d'analyser. Je trouve que cette année qui s'achève m'a fait travailler très fort. Elle m'a apporté le pire comme le meilleur, mais là ce soir j'aurais juste envie d'appuyer ma tête et de me laisser bercer comme un bébé.
Pas drôle pour une grande fille comme moi :)
J'ai envie de vous partager un souvenir de grande douceur que je garde dans un écrin tout au fond de mon coeur. Je vous l'offre pour cette fin d'année, qu'il vous inspire et vous berce.
Entre l'âge de 17 et 20 ans j'ai eu un copain de qui j'ai été très amoureuse, Pierre-Luc, qui possédait un tempérament artistique et bohème très marqué. J'ai eu un plaisir fou avec lui, il m'a fait découvrir le côté drôle et sensible de la vie. Il faut dire que je venais d'un milieu assez "sérieux" dans lequel je me sentais toujours un peu étrangère. Avec lui, j'ai trouvé mon pays.
Notre histoire a duré quelques trois ans et demi avec ses hauts et ses bas comme toute première vraie relation amoureuse. À son contact j'ai appris plein de choses car c'était quelqu'un qui s'intéressait à tout. Que cela concerne les arts, les lettres, le monde, la politique, tout le passionnait. Je l'admirais beaucoup et j'aimais l'écouter me raconter ses découvertes.
Nous avons eu du bon temps ensemble et je pense encore à lui avec beaucoup de tendresse, c'est quelqu'un qui m'a beaucoup aidée à découvrir qui j'étais (et je suis) et même si la vie a fait en sorte que nous nous sommes perdus de vue, je n'ai aucun regret ni aucune amertume envers lui, ce qui est plutôt rare je pense.
Un des cadeaux que j'ai reçu de lui c'est cette découverte merveilleuse de l'univers infini de l'imaginaire et de la fantaisie. Bizarre à dire peut-être mais je n'avais pas appris à rêver et à délirer librement. Et quand nous étions ensemble il nous arrivait de nous inventer des histoires complètement folles pour le plaisir de jouer et de créer ensemble. Étrange?..peut-être un peu, mais tellement plaisant:) Bien sûr, à condition qu'on en sorte. D'ailleurs, nous aimions tous les deux écrire et nous partagions nos écrits avec le même plaisir.
Le doux souvenir que je veux vous partager concerne un épisode un peu douloureux pour moi. En effet, je m'étais disputée assez fort avec mes parents (ça arrive dans les meilleures familles;) et j'étais partie fâchée et malheureuse ne sachant trop où aller. Je m'étais donc arrêtée pour téléphoner à Pierre-Luc pour lui faire part de mon malheur. Je me rappelle que je pleurais au téléphone et qu'il m'avait demandé de venir chez lui pour en parler (il faut dire que nous habitions à une distance considérable l'un de l'autre et que nous n'avions de voiture ni l'un ni l'autre à ce moment là)
J'avais donc tristement et péniblement fait le trajet en autobus et en métro tout en ruminant mes idées. J'étais tellement convaincue d'être une pauvre victime mal-aimée et que rien n'allait pour moi et que... Mais vous savez sûrement le genre d'idées qui nous trotte dans la tête quand on est dans cet état. J'arrivai donc chez lui la tête basse toujours aussi triste et je me rappelle avoir sonné à sa porte en me demandant ce que je faisais là puisque rien ni personne au monde ne pouvait rien pour une pauvre fille comme moi..:(
Lorsque la porte s'ouvrit je levai donc la tête (il était très grand) et j'aperçu alors Pierre-Luc totalement transformé: Il portait une redingote et un chapeau et il tenait une rose en papier crêpé (qu'il avait fabriqué lui même et parfumé de son eau de toilette...Vétiver de je ne sais plus qui...;) Il m'avait accueillie comme si j'avais été une demoiselle d'un autre siècle et lui un gentleman romantique et courtois. Il m'avait fait entrer chez lui et m'avait reçue avec de la poésie et de la musique (il était aussi musicien).
Immédiatement j'avais eu envie de jouer à son jeu et toute ma peine s'était enfuie. Nous avions passé un merveilleux moment et plus tard, quand j'avais enfin réussi à me distancer de ma peine, nous en avions parlé calmement et doucement sans que ce soit dramatique et j'avais pu faire la paix, en moi même d'abord, puis avec mes parents sur ce malentendu.
J'avais appris ce soir là que rien n'est jamais aussi dramatique quand on réussit à prendre un certain recul face aux événements et que l'imaginaire et la fantaisie peuvent nous permettre de décrocher temporairement de nos peines et de nos douleurs afin de mieux les voir et les comprendre par la suite. Encore aujourd'hui il m'arrive d'utiliser une méthode similaire avec mes fils quand rien ne va plus. Je n'oublierai jamais la douceur de ce moment ni la force de cet apprentissage tout simple finalement, mais ô combien précieux. Merci Pierre-Luc.
Voilà ce que j'avais envie de vous dire ce soir. L'imaginaire n'est pas menaçant, c'est un univers en soi qu'il faut explorer et découvrir et qui nous aide souvent à mieux gérer la réalité. Vrai de vrai. Qui a peur de l'imaginaire dépense beaucoup d'énergie précieuse à le repousser et perd beaucoup de richesse et de plaisir ainsi que de lumière dans sa "vraie vie".
À bientôt,
L'insomniaque :)
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