Journal d'une
insomniaque
Samedi le 19 juin 1999,
Douce nostalgie,
depuis que je suis toute petite, à tous les mois de juin, nostalgie d'une étape révolue et plaisir de sentir l'été qui commence. Aujourd'hui, même plusieurs années après avoir quittés les bancs d'école, par le biais de mes petiots à moi, je vis ce même sentiment lorsque la fin de l'année scolaire arrive.
Je me souviens même avoir versé des larmes, sur l'étape achevée, alors que toutes mes amies autour sautaient de joie tout en me regardant d'un petit air suspect;) Ça va Lou? T'as de la peine pourquoi exactement?....
Mais je dois quand même avouer que cette tristesse était finalement bien passagère,¸à peine un deuil décent, parce qu'aussitôt que je sentais le soleil sur mon visage, que je sentais les premières odeurs de l'été, et que la liberté de vivre au rythme des longues journées estivales se présentait à moi, adieu la nostalgie et bonjour l'aventure! :)
Et là commençait l'excitation des découvertes qui nous faisaient oublier le temps, trésors que l'on s'empressait d'enfouir dans notre sac à souvenirs. Chaque été ressemblait à l'autre, mais en différait totalement. Petite fille, mes parents nous amenaient tous les étés à la mer, où, pendant quelques semaines nous goûtions le sel sur nos lèvres, sentions le soleil sur notre peau, et vivions, tels des créatures marines, au tempo des vagues et des marées, et nous couchions tous les soirs heureux mais brûlés, pour rêver aux coquillages que le lendemain nous apporterait.
L'été de mes 11 ans, mon premier voyage de groupe, départ en autobus, camping à l'île du Prince Édouard, les verts profonds de la nature, le rouge du sable et de la terre, le mauves des "jelly fish" qui prenaient la plage en otage et nous réduisaient à regarder la mer sans pouvoir s'y plonger. Vie de groupe, chansons auprès du feu, corvée vaisselle et dépaysement.
Puis, l'époque où nous allions en camp de vacances, quelle aventure! Nous passions alors une partie de l'été à voyager d'une passion à l'autre, à vivre avec les copains, découvrir des sports et des lieux qui s'imprimaient en nous et qui coloraient notre vie en neuf. Je me rappelle la voile, le canot, dormir à la belle étoile, les moniteurs, les garçons...;) Mon plus beau souvenir de cette époque concerne une nuit passée sur l'eau, à dormir bercée comme un bébé, dans un canot sous les étoiles. Rien que d'y penser je sens encore le mouvement des flots.
Ensuite, l'adolescence et ses affiliations, les étés passés en autobus, à voyager d'un terrain de pratique à l'autre, de compétition en parade, sous la pluie comme dans le beau temps, cuits par le soleil mais déterminée à faire mieux, à donner tout ce que j'avais, à participer à la victoire, à revenir en chantant avec une mention ou un trophée. Tous mes amis, mes amours déçues, les paysages inconnus et surtout, la musique et le rythme.
Finalement, les premiers étés responsables;) premier emploi d'été, premières payes dépensée à ma guise. Je me souviens d'une chaîne en or, toute simple, mais achetée par moi et offerte à ma mère, en guise de reconnaissance et d'affranchissement. Première voiture, premières sorties de presqu'adulte;), premières folies et secrets souvenirs tatoués dans le coeur. Premier deuil aussi, perte d'un ami, fauché au début de sa vie, à la fin d'un été, fragilité de la vie, découverte dans les larmes, de la force de l'amitié.
Tous ces étés, comme des voyages inoubliables, témoins des étapes du chemin vers soi, transitions entre les années scolaires et intermèdes dans nos vies bousculantes et sérieuses, représentent pour moi des trésors précieux qui ont façonnées l'insomniaque et sa vie. Et dans la nostalgie douce du mois de juin, j'avais envie de les partager avec vous.
L'insomniaque :)