WB01426_.gif (1288 bytes) Journal d'une insomniaque  WB01409_.gif (599 bytes)

 

Lundi le 8mars 1999,

Journée de la Femme,

qu'est-ce que cela signifie?  C'est différent pour chacun.  Nous sommes bien loin des années de militantisme où cette journée servait à prendre conscience du chemin parcouru et de celui qui restait à franchir.

    Curieuse entrevue aujourd'hui,  rapportée par Nathalie Pétrowski dans La Presse.  Un portrait de Francoise David, présidente de la Fédération des femmes du Québec, où l'on pouvait lire que la journée des Femmes avait radicalement changé ces dernières année, qu'elle n'était plus, comme telle, une occasion de célébrer et de rendre visible la cause des femmes, mais plutôt un sage moment de réflexion individuelle sans nul besoin de rassembler ou de fêter.

    Ce qui m'a le plus surprise, c'était la tranquille résignation d'une militante de longue date comme madame David, qui disait que c'était correct ainsi et qu'elle personnellement, avait l'intention de passer la soirée à regarder Omerta, série macho s'il en existe!   Comprenez moi bien, je ne veux ici nullement blâmer Francoise David, que je connais bien peu d'ailleurs.   Je suis certaine qu'elle a contribué suffisamment à la cause( sa feuille de route le laisse supposer) pour mériter un repos et une vie personnelle douillette jusqu'à la fin de ses jours.  Mais d'affirmer cela, à la une, un 8 mars, le dernier de ce millénaire, me laisse un bien drôle de sentiment.

    Comme si le message livré, tel que je le comprends, était que la cause des femmes ne nécessitait plus de ralliement.  Que malgré les inégalités observées de par le monde quotidiennement, l'urgence n'est plus et on pourra toujours y voir lors du prochain jour ouvrable!  De plus mme Pétrowski nous glisse subtilement que Francoise David, figure de proue dans la lutte contre la pauvreté,  lui aurait confié qu'un de ses voisins, sur l'aide sociale,  s'était acheté une belle chaloupe et que madame David se demandait bien qui des deux était le plus idiot!

        Je sais, je sais, certains d'entre nous bondirons pour approuver ces propos.  Le mythe de l'assisté(e) social(e) mieux pourvu que le travailleur moyen est solide et dépasse certainement la simple fiction dans bien des cas.  Mais ces propos, dans la bouche de Francoise David, sans aucune nuance ou précision sur les mécanismes qui érigent la fraude en système et le conditionnement qui fait croire à certaines personnes que la fraude est le seul moyen de survie, le travail au noir,  un piège qui ne sert finalement que les employeurs malhonnêtes et qui confine  ceux qui y recourent dans une position de victime sans protection sociale, me questionnent grandement.  Ou bien les propos de Mme David sont bien mal rapportés ou cités complètement hors contexte par la journaliste, ou bien la lutte contre la pauvreté, l'exclusion et les inégalités sociales est perdue d'avance grâce à la molle tiédeur de ses détracteurs de premier plan!

    Ce qui me fait dire que c'est une bien drôle de journée de la Femme aujourd'hui.  Malgré les allures de cette chronique, je suis très loin du militantisme engagé,  je travaille par contre dans le domaine de la réintégration des personnes exclues sur le marché du travail.  Des histoires, j'en entends quotidiennement,  révoltantes, tristes, désespérantes mais parfois aussi celles de petites victoires qui sont certes dues à l'acharnement et au courage de l'individu, mais également à la conscientisation et au lent changement social obtenus grâce au travail acharné de militants qui ont cru et qui croient encore à une plus grande justice sociale.

    Je veux simplement dire merci à toutes celles qui ont contribué et qui contribuent encore à pousser leur grain de sable afin de déplacer la montagne, et qui permettent par leur modèle et le résultat de leurs actions, à d'autres de se mettre debout et de pousser leur propre grain de sable au lieu de fuir en chaloupe...

        Bonne Journée de La Femme!

            L'insomniaque

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