Mercredi le 16 février 2000,
Le bulletin,
et tout ce que ça comporte... J'avoue que je ne me sens pas toujours bien armée pour y faire face. Et, vous aurez deviné, c'est encore une fois ce moment. Je me rappelle lorsque j'étais toute petite, d'avoir vu des scènes télévisées tout à fait cliché, où le personnage principal, un enfant, rentrait à la maison, tête basse, tout en cherchant une manière de ne pas montrer le dernier bulletin à ses parents... On comprenait généralement que le rapport n'était pas bon et que le pauvre petiot allait sans doute être puni sévèrement pour le manque d'effort dont il était, bien entendu, unique responsable.
Je me souviens avoir pensé alors que c'était bien étrange puisque je ne me rappelais pas moi même avoir ressenti cette crainte. Il faut dire que mon frère et moi réussissions généralement très bien en classe et n'avions non plus aucun problème majeur de discipline ou de comportement (je parle bien sûr du primaire:) Je me demandais bien alors ce qui pouvait faire que l'on aie "peur" de faire voir son bulletin à ses parents...
Les années sont passées et j'ai bien sûr réalisé qu'apprendre n'était pas nécessairement aussi évident pour chacun. Qu'il y avait là de grandes sources d'inégalité, et que la manière de s'approprier le monde et ses secrets pouvait être bien différente pour chaque individu, bien qu'à l'école on ne privilégiait qu'un seul modèle, tant pis pour ceux (fort nombreux) à qui il ne convenait pas. J'ai aussi compris que les parents voulaient malheureusement trop souvent se "réparer" à travers leurs enfants, atteindre des buts qu'ils ne s'étaient pas eux-mêmes permis de poursuivre, atténuer des regrets, je me suis alors promis de ne jamais répéter cela...
C'est pourquoi, lorsque mes enfants ont atteint l'âge scolaire, j'ai abordé cet aspect avec beaucoup d'ouverture. D'ailleurs, je n'étais pas particulièrement inquiète pour mes garçons, après tout, je les connaissais, je les avais vu évoluer et grandir, je savais de quoi ils étaient capables... Bien sûr, j'étais consciente de leurs forces mais aussi de leurs limites. Je savais qu'ils pouvaient encore changer, mais je faisais confiance à ce que je percevais d'eux à la base. Par exemple, j'étais consciente que mon grand était beaucoup plus à l'aise dans le monde de la pensée et du rêve que dans celui de l'action, j'étais prête à l'épauler sérieusement pour qu'il acquière les habilités de base afin qu'il puisse continuer de se développer et atteindre le lieu où lui serait bien et pourrait mettre à contribution ses richesses. Pour mon plus jeune, j'avais identifié une curiosité pour le monde physique et pour l'action concrète; comprendre, faire, défaire, bouger. Très habile à saisir et à appliquer les consignes, je me disais que, sans doute il n'aurait pas envie de poursuivre de longues études dans le monde des idées abstraites mais que son caractère l'amènerait probablement à bien fonctionner en classe mais aussi à choisir assez tôt un métier qu'il pratiquerait avec bonheur et grand dévouement.
J'étais bien sûr ouverte à l'idée que ce pourrait être différent mais je me voyais alors comme un simple catalyseur dont la mission était de favoriser leur épanouissement, leur fournir les conditions et soigner le terrain.
Eh bien, malgré toutes ces sages intentions, rien n'est comme je l'avais d'abord identifié. Mes deux fils ont fait, et font face à des difficultés scolaires importantes: Le plus jeune a des difficultés d'apprentissage importantes, il est suivi en orthopédagogie et, malgré tout, sa troisième année est en jeu... Quant au grand, depuis la pré-maternelle il a des difficultés d'intégration et de motivation sérieuses... On me dit qu'il manque de confiance en lui, rien n'y fait, et son entrée au secondaire est presque désastreuse... Et pourtant...
Nous voilà donc à l'époque des bulletins...Et je vois mes fils arriver la tête basse, je cherche les bons mots, la façon de les accueillir et de les réconforter là dedans, tout en continuant de les stimuler... Je sais qu'ils ont chacun quelque chose d'unique à apporter au monde. Je ne peux m'empêcher de penser que le monde scolaire est peu hospitalier pour ceux qui sont différents, qui abordent la vie autrement... Il ne reste pas moins que je me sens très déchirée entre mon amour inconditionnel d'eux et cette pression sociale qu'on appelle réussite....
À bientôt,
L'insomniaque :)
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