Jeudi le 18 novembre 1999,
Ma colère et moi,
nous marchons ensemble depuis fort longtemps. Nous sommes aussi parfois tellement proches que nous nous perdons l'une dans l'autre. Il arrive aussi que nous nous distancions et cela me permets de distinguer mieux ce qu'elle est.
Elle est bien complexe ma colère(elle se dit sans doute la même chose de moi;), elle a de multiples visages, s'exprime dans différentes langues, est parfois pleine d'éclats, d'autres fois sourde et ironique. Elle est quelquefois soudaine, surgissant de nulle part, et à d'autres moments, elle mijote longtemps avant de déborder.
Il lui arrive de s'élancer comme un cheval fou avec moi sur son dos, me cramponnant pour ne pas tomber, brisant tout sur son passage, sans égard pour la justice et la vérité. Elle me fait peur dans ces moments là. Elle me fait alors découvrir ce côté sauvage et cruel d'animal blessé qui veut donner un dernier coup de patte avant de s'écrouler afin de s'assurer que son ennemi perçu souffre avec lui.... Dans ces moments de grande humanitude où l'humilité est le seul salut, je découvre presque toujours, recroquevillée derrière ma furie, une peur dissimulée, toute enfouie, une peur profonde et pleine de tentacules, prête à me saboter, parfois dans ce que j'ai de plus précieux.
D'autres fois c'est un grand chagrin, maigre et sec, qui ne sait plus pleurer mais qui meurt de se faire entendre. Il s'acoquine alors avec ma colère, lui fait croire habilement(parfois par la pitié) qu'il est sa seule chance d'expression et qu'il la rendra plus forte et plus puissante, à condition, bien sûr, qu'elle n'en laisse rien voir.
Oui ma colère est parfois tordue, manipulée, elle manque de clarté et d'honnêteté, mais elle m'est précieuse. Elle est ce canal d'où surgit ce bouillonnement intérieur qui autrement pourrait parfois me brûler. Elle est cette alarme, cette sonnerie interne qui m'aide à trouver et surtout à prendre ma place. Elle est aussi, reconnaissons le, une force de survie, une puissance qui m'aide à avancer et à créer.
C'est pourquoi il faut souvent que je m'arrête pour l'observer, que je la questionne, et que je retrace ses pas afin de découvrir si elle s'est affirmé pour cacher une peur, un chagrin ou une autre émotion que je n'ai pas su gérer. Et vous savez quoi? Dans ces moments, hormis le fait que ma colère fait parfois des blessés qui ne méritent pas de porter mes souffrances, elle me sert alors de professeur, de guide intérieur qui me permet de grandir, de franchir encore quelques jalons sur le chemin vers moi.
C'est ce qui m'est arrivé lundi, j'avais peur et j'avais froid, je n'ai pas su regarder en moi. Ma colère m'a permis de fuir ce miroir. Elle a aussi blessé quelqu'un de façon injustifiée. Mais quelle leçon de vie elle m'a permis de recevoir... Pardon et... Merci.
Je vous fais quand même la douce bise :) Il neige ce matin, une toute petite neige, légère et qui tombe en prenant tout son temps. Moi je suis ici à vous écrire dans la chaleur de mon chez moi. J'ai envie de me reprendre un peu de café et de remettre un peu de musique. Michel Rivard, ça vous dit? De Longueuil à Berlin: À mon humble avis un petit chef d'oeuvre de paroles et de musique. Écoutez:
« C'est vraiment un beau party, la seule personne qui manque c'est moé..»
Le beau party (1979)
« Un africain est venu me voir pour me faire la conversation, pour me parler de ses deux femmes, et d'une troisième à l'horizon. On avait p'tête les mêmes problèmes, mais pas les mêmes solutions. Je lui ai offert un biscuit, en souriant il a dit non...»
« Je ne sais pas pourquoi les gens, font ces choses là comme il les font, et je ne sais si quelque part, quelqu'un a tort ou a raison. Mais je sais que le train roule et qu'on arrive de toute façon..»
Le train (1979)
« Étrange comme l'amour oublié, sur les briques rouges des maisons grises, par une femme indécise, l'amour éteint et qui se brise, aux lettres qui n'arrivent pas et qui attendent fières et meurtries, et qui maudit le coeur qui l'a mis au monde.....
...Étrange comme l'amour sur un lit défait dans les draps sales et les vêtements lancés par terre et les pharmacies de misère, et les remèdes pour passer la nuit...
...L'amour insomniaque, l'amour somnambule en taxi maussade et qui fait le tour des cathédrales, pour voir le soleil imiter le bonheur, ce n'est qu'un mensonge de plus, pour endormir la musique...
Étrange comme l'amour se calme quelquefois dans une ville étrangère, sur un trottoir désert, ou dans un bar ouvert très tard dans la nuit...»
Étrange comme l'amour...(1979)
J'écoutais quand j'avais 18 ans. Ça me touche encore autant. Si vous ne connaissez pas, je vous invite à découvrir. C'est délicieux. Passez une belle journée, une douce soirée et une nuit ressourçante.
À bientôt,
L'insomniaque :)
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