WB01426_.gif (1288 bytes) Journal d'une insomniaque  WB01409_.gif (599 bytes)

 

Mardi le 26 octobre 1999,

Deuils et renaissances,

Ce soir j'ai très envie de vous parler de l'automne.  Cette saison où la nature se dépouille tristement de ses feuilles et de ses fruits, de ses promesses de l'été oublié loin derrière.   J'aimerais vous décrire ce froid humide qui s'infiltre partout, ces couleurs qui s'atténuent et qui disparaissent pour laisser place aux gris et aux bruns mornes.

J'aimerais vous faire sentir cette douleur presque violente ressentie par notre corps et notre coeur au contact de cet air devenu soudainement glacial et en réalisant que cette période est immuable dans le fil de la vie, vous transmettre ce sentiment de solitude et d'abandon que l'on vit au milieu de ce dépouillement de la nature et de l'âme.  Oui, de l'âme parce que je pense que nous vivons aussi l'automne à l'intérieur de nous, puisque nous faisons partie de cette nature, nous n'y sommes pas extérieurs. 

Mais pour être honnête je devrais aussi vous parler de ces ciels glorieux dont les nuages et les luminosités sont uniques à cette saison.  Je devrais aussi vous décrire le plaisir physique de marcher rapidement et de respirer l'air devenu soudainement frais et énergisant, vous faire part de la beauté de la pluie et du vent qui s'unissent pour nettoyer la terre avant l'hiver.  Et que dire de toute cette vie qui se met à germer à l'intérieur, de la gestation qui s'installe pour ce qui naîtra au printemps, de la beauté triste de ce repli sur soi pour mieux créer?...  L'un ne va pas sans l'autre.  Si rien ne meurt, rien ne pourra naître.  Et rien ne naît ni ne meurt sans un peu de douleurs et de chagrins...

Il y a dix-neuf ans, cette nuit (du 26 au 27 octobre 1980), mourait bêtement cet ami dont je vous parlais ici.  Mort prématurée et absurde pour nous qui pensions avoir la vie devant nous.  Je n'oublierai jamais cet être mais je dois avouer que sa mort a aussi représenté une naissance pour l'insomniaque.  Cette nuit là, je suis née à la notion d'urgence de vivre.  J'ai perdu ma peau d'immortelle et j'ai compris que la vie se vivait là, maintenant ou bien je risquais de ne jamais vivre.

Je me rappelle clairement avoir ressenti une grande poussée vers l'avant.  Cette mort était nécessaire à ma vie (ainsi qu'à la vie de plusieurs personnes autour touchées par ce cauchemar éveillé) aussi cruels que ces mots puissent sembler, ils sont terriblement justes.   Comme l'automne est nécessaire à l'accomplissement du cycle de la vie...   Comme la mort de toute chose, idée, sentiment, qui peut sembler absurde et profondément injuste et cruelle, mais qui est nécessaire pour faire place à ce qui vient.  Et qui d'entre nous peut être suffisamment prétentieux pour affirmer savoir que ce qui était est mieux que ce qui vient?  La vie contient sa propre sagesse qu'elle nous laisse comprendre en son temps...  Peu importe ce que demain devait m'apporter, la place sera cédée à ce qui doit naître, et c'est bien ainsi.  Toute perte est une manière de faire de la place pour ce qui vient.  Coulez les larmes et nettoyez car le bonheur est tout près et il aura besoin d'un sol propre pour germer et grandir...

Il y a quelques temps déjà, je vous parlais d'un excellent auteur compositeur interprète français, William Sheller.   Un poète, doux et tendre, qui chante des choses émouvantes et vraies.  J'ai envie de vous l'offrir encore ce soir.   Imaginez le piano, tout doux...

Les Miroirs dans la boue

(W.SHELLER)

Dans l'orage d'une forêt sans âge
Aux abords du Poitou
A l'automne où je vivais chez vous
J'ai vu le visage
D'une enfant sauvage
Qui portait un bijou
Les yeux verts noyés de cheveux roux
A l'automne où je vivais chez vous

Refrain:

Dieu fait des images avec les nuages
La pluie fait des miroirs dans la boue
Je t'ai cherchée partout
Je garde un mirage dans une drôle de cage
Comme savent construire les fous
Je t'ai cherchée partout
Elle avait l'âge des vagabondages

Pieds nus sur les cailloux
Dans les rivières où viennent boire les loups
À mon passage
Elle a pris mon bagage
Elle m'a suivi partout
Jusqu'à l'étage où j'avais mon verrou
Les yeux verts noyés de cheveux roux

Dieu fait des images avec les nuages
La pluie fait des miroirs dans la boue
Je t'ai cherchée partout
Je garde un mirage dans une drôle de cage
Comme savent construire les fous
Je t'ai cherchée partout

Au lendemain de l'orage
Il restait un message
Vous me plaisiez beaucoup
Mais je n'pense avoir besoin de vous
Les yeux verts noyés de cheveux roux


Dieu fait des images avec les nuages
La pluie fait des miroirs dans la boue
Je t'ai cherchée partout
Je garde un mirage dans une drôle de cage
Comme savent construire les fous
Je t'ai cherchée partout

Je trouve que cette douce chanson exprime très bien la beauté parfois douloureuse de l'automne.  J'ouvre les yeux et le coeur.  Quelque chose va naître. Si ce n'est demain, ce sera après demain. Un bel automne à vous et, À bientôt,

                                                       L'insomniaque :)

 

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