Journal d'une
insomniaque
Mardi le 19 octobre 1999,
De retour,
désolée de vous avoir fait patienter ainsi mais l'insomniaque avait vraiment besoin de réfléchir. Je veux d'abord vous remercier pour vos mots. Je me suis vraiment sentie entourée et respectée par vos messages chaleureux et les questions pertinentes que vous m'avez amenée à me poser. Ce n'est pas évident de tenir un journal sur le web. Au début on avance sur la pointe des pieds, presqu'en chuchotant, en ne sachant pas même si on sera lu et, si oui, comment nos propos seront accueillis.
Puis, après quelques courriels sympa, on s'enhardit et on se met à écrire plus librement, parler plus de soi, de son intérieur et soudainement on s'aperçoit qu'il y a une ligne qu'on ne peut pas franchir, une frontière sensible, un endroit où on ne va pas. Bien sûr cette limite n'est pas la même pour chacun, elle varie selon qui on est, notre définition de ce qui est intime, notre pudeur personnelle...
En ce qui me concerne, ma limite dépend surtout du fait que plusieurs personnes de ma vie "terrestre" connaissent et lisent ce journal. Je suis incapable de les impliquer dans cette page par des propos qui les remettraient en question... Je refuse de leur exprimer des messages détournés par le biais de cette chronique et finalement il y a certaines choses dont je ne suis pas prête à leur parler. Lorsque je le serai je leur exprimerai directement avant toute chose. Voilà.
Il est clair que l'erreur a d'abord été de parler de cet endroit autour de moi... Mais bon, j'avoue que d'avoir réussi à mettre cette page en ligne après l'avoir conçue, a d'abord constitué pour moi une grande source de fierté. Au delà de l'écriture, cela représentait pour moi une sorte de conquête d'un lieu nouveau et inconnu. Pas peu fière votre insomniaque ;)
Mais voilà, c'est fait, je ne peux revenir en arrière et je dois assumer ce que j'ai décidé. Le problème est que, depuis quelques temps je sens presque le sol se dérober sous mes pieds.... Toutes mes vieilles balises disparaissent et je ne vois plus clair et loin.... L'insomniaque est à un tournant important de sa vie. Je suis en train de tout remettre en question, il n'y a plus de certitudes qui tiennent....
J'ai du mal à comprendre ce qui m'arrive et j'ai surtout du mal à l'exprimer. Si j'étais la terre je dirais que je suis en train de me déplacer sur mon axe et que tous mes systèmes de régulation sont en déséquilibre.... Vous comprenez? Il y a un an presqu'exactement, un grand vent s'est mis à souffler sur ma vie et sur mes certitudes... Au début, j'ai lutté (assez mollement je dirais), puis, j'ai décidé de suivre la crête de la vague poussée par ce souffle puissant.
J'ai été merveilleusement grisée par la beauté des paysages que je découvrais, j'ai presque senti des petites pointes d'ailes me pousser dans le dos. J'allais enfin pouvoir prendre mon envol. Je le sentais. Je le goûtais. Et puis soudainement.... Le vertige.... Le dérapage... De nouveau l'incertitude... Ça fait mal ce genre de revirement...
Puis, à nouveau je me suis mise à réfléchir et à m'ouvrir à de nouvelles idées... J'ai réalisé que j'avais encore certaines étapes à franchir avant de pouvoir rejoindre les beautés aperçues du haut de ma vague. Que la vie avait encore quelques surprises dans sa manche et qu'elle me les réservait.... À moi de savoir les détecter et m'y ouvrir.... Pour le reste, nous verrons...
Voici donc le bout de chemin que j'ai eu à franchir dernièrement... L'éléphant que j'ai à mastiquer... :))) J'y arrive mais chaque jour comporte son défi. J'ai encore un ou deux troupeaux à affronter dans les mois qui viennent... J'ai absolument besoin de cet endroit pour me retirer et observer ma folle vie avec un peu de recul. Le fait de ne pouvoir(ou ne vouloir) tout dire ici, comporte quand même l'avantage d'avoir à soupeser et à analyser toutes mes idées, ce qui peut être très aidant dans ma vision des choses...
Je choisis donc de continuer à écrire pour l'instant. Je vous promets également d'essayer d'être de plus en plus claire et de vous laisser entrer un peu plus. J'ai dit un peu...;) Merci d'être là et merci de votre ouverture. À bientôt,
L'insomniaque :)