Journal d'une
insomniaque
Vendredi le 8 octobre 1999,
Impuissante,
devant la douleur de mes enfants, incapable de soulager, de terrasser ce mal qui s'attaque à eux, qui obscurcit leur sourire, leur plaisir de vivre, qui trouble leur insouciance et leur paix.... Je vous rassure tout de suite, mes deux fils ont le bonheur de jouir d'une très bonne santé. Je n'ose même pas imaginer comment je pourrais affronter avec eux une maladie grave :(
Mais ce soir Frédéric, qui traîne un vilain rhume depuis plus d'une semaine, a développé soudainement un gros mal d'oreilles. J'aimerais tant savoir lui soulager instantanément. J'ai essayé plusieurs remèdes: La chaleur, les gouttes otitiques, les analgésiques (qu'il refuse net de prendre) , les mots d'amour, les caresses, rien n'y fait :( Bien sûr, s'il ne va pas mieux demain nous visiterons la clinique sans rendez-vous, mais pour l'instant il a mal. Et je souffre avec lui...
C'est la saison des rhumes et des grippes qui s'annonce avec son cortège d'otites et d'asthme. Cela fait partie des joies de la "parentitude", mais qu'y a-t-il de pire pour un parent que de voir un enfant souffrir sans pouvoir y faire quoi que ce soit? Ça me rappelle l'époque des coliques... Vous connaissez?
Je me rappelle très bien, lorsque mes fils sont passés par là, la même idée me venait quand l'un ou l'autre se tordait le ventre de douleur pendant que j'essayais vainement de le soulager. Je repensais aux douleurs des contractions, encore récentes à ce moment, et soudainement mes yeux se remplissaient d'eau juste à la pensée que mon tout petit garçon puisse subir de telles douleurs (j'avais vraiment l'impression que sa douleur faisait résonner la mienne) J'avais beau me raisonner logiquement, me dire que les contractions et les coliques n'avaient aucun espèce de rapport ensemble, cette impression ne me quittait pas...
Par la suite, à chacune de leurs petites maladies, j'ai ressenti la même impuissance, le même sentiment d'absurdité à l'idée qu'un tout petit enfant( ou même un grand) ait mal.... Jusqu'à tout récemment je pensais que ça allait passer avec l'âge et que c'était somme toute limité aux douleurs physiques... Pourtant, je réalise, avec le passage à l'adolescence du grand, que leurs douleurs morales me sont tout aussi difficiles à supporter: Leurs déceptions, révoltes, échecs, chagrins.... me font tout autant mal... :(
Je pense qu'il va falloir que je m'endurcisse, le voyage ne fait que commencer... Allez, l'insomniaque, un peu de courage, tu n'es pas la première!... Non, je sais, mais je pense que je suis particulièrement fragile à la souffrance des enfants. Il faudra pourtant que je m'y fasse, car les douleurs du coeurs s'en viennent à grands pas...
Bon, en attendant, je vais dorlotter un peu mon Fred qui m'appelle.... Pas facile d'être une maman lionne, on voudrait protéger les lionceaux de sa propre vie ou, si possible, souffrir à leur place.... Ça ira... À bientôt et, portez vous bien surtout!!!
L'insomniaque :)