Jeudi le 6 avril
2000, La solution, celle qui peut faire que le deux tiers du monde ne souffre plus de la faim du tiers... Voilà ce que nous avons trouvé chez moi ce matin. Imaginez la scène(elle s'est produite chez moi mais peut-être aussi dans des milliers d'autres foyers québécois) : Quatre personnes à table, petite famille normale nord-américaine, chacun y va de son petit déjeûner et le journal «La Presse» qui traîne au beau milieu de la table. Rien de bien exceptionnel jusque là. Mais voilà que fiston no 1 a envie de traîner car il sait qu'après son petit déjeûner des devoirs et des leçons l'attendent(il ne va à l'école qu'en après-midi) Le papa lui pousse donc un peu dans le dos mais fiston n'a pas du tout envie d'obtempérer. Soudainement ses yeux se fixent sur le journal en question et il s'exclame: «Oh! mais qu'est-ce que c'est? Ça a l'air terrible...» Bientôt tous les yeux se retournent vers le journal et voient en même temps cette photo pathétique et presqu'irréelle qui fait la première page d'aujourd'hui(6 avril). On y voit un petit éthiopien affaissé sur les genoux d'un adulte, le visage émacié, le corps déformé par la famine. Bien sûr il s'agit là d'une photo sensationnaliste destinée à faire vendre un journal, mais elle dépeint une situation bien réelle: Sur cette planète, somme toute pas bien grande, mais remplie de ressources, vivent des gens qui ne peuvent pas se nourrir, pas même minimalement. Et nous regardons leurs photos de mourants en petit-déjeûnant... Vous voulez la suite? Eh bien, horripilé par cette image et impatienté devant l'enfant qui s'attarde, le papa saisit le journal et le jette, face la première(faut pas voir cette photo) dans le bac à récupération... Famille très fonctionnelle et écolo, n'est-ce pas? Mais cette image m'a accompagnée toute la journée. Et surtout cette scène... Non mais... Il y a un temps pour chaque chose, et il ne faut pas mêler les cartes. Pas question de laisser les horreurs planétaires entraver notre efficacité bien orchestrée de nords américains. Et ces devoirs? Et ces leçons? Ne sont-ils pas essentiels pour assurer l'avenir de notre fils, de lui permettre d'occuper la place qui lui reviendra de droit plus tard?... Alors nous lui avons appris(ainsi qu'à son frère) qu'il n'est pas question de perdre du temps précieux pour discuter de scandales lointains et impossibles à changer, alors qu'il a des choses tellement plus importantes à accomplir. Ironique l'insomniaque? Oui, un peu, mais surtout dégoûtée de la désinvolture dont nous savons faire preuve lorsqu'il s'agit de ce qui concerne le lointain ailleurs. Cette délicatesse que nous avons de ne pas nous couper l'appétit par la souffrance des autres. Cette solution que nous apportons au problème de la faim dans le monde: l'ignorer pour ne pas qu'elle nous mette en retard....
À très bientôt, L'insomniaque :)
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